Radio

RADIO 2009

(cliquez sur le lien ci-dessus pour l'ouvrir dans une autre fenêtre)

 



Les Albums de 2009

Panthéon

Amon Tobin

Mercredi 19 novembre 2008 3 19 11 2008 12:17

Electro     2002 - Ninja Tune

Voilà un album qui mériterait l'appellation "grande musique". Grande, parce qu'elle est d'une richesse peu commune (ce qui est, par contre, commun chez Amon Tobin, cf. ma chronique de Permutation). Grande, parce qu'on est très loin des musiques autistes/intimistes. Du souffle, de la hauteur, de la puissance, de l'ambition, de l'ampleur... Out from out where, c'est un peu l'anti-Carla Bruni (je ne recule devant rien pour inciter le lecteur à se plonger dans l'œuvre d'Amon Tobin...), elle qui n'aime rien tant que les petites choses : petites musiques, petite voix, petite guitare douceâtre, petit... je m'égare dans le trivial, et c'est faire injure à Amon Tobin... Grande, surtout, parce qu'on s'y affranchit des pesanteurs terrestres et des limites temporelles pour un formidable voyage en pleine science-fiction ; Out from out where est le plus futuriste des albums de Tobin. Pas de la SF bas de gamme, on est plus proche ici de l'univers des 2K (K.Dick et Kubrick - ce dernier n'est bien entendu pas un cinéaste de SF, mais 2001 est l'incontestable chef-d'oeuvre du genre) que de Stargate.
Il peut sembler totalement arbitraire de rapprocher cette musique instrumentale (qui n'a donc pas de sens apparent) de la meilleure science-fiction, plutôt que de n'importe quelle autre œuvre du genre. Si l'on met de côté l'exceptionnelle qualité de l'album (ce qui n'est tout de même pas rien), quoi de commun entre la musique d'Out from out where, 2001 et les univers de K.Dick ? Tout simplement le fait que cette musique est intelligente, adulte... de la grandeur, mais pas de thème héroïco-pétaradant à la Star Wars (enfin, je parle ici de la fameuse - et ultra-pompeuse - ouverture, il y a plein d'excellentes choses dans la partition de John Williams). Un univers sombre, tourmenté, oppressant... mais pas glauque ni dépressif. Une énergie irrésistible, de la puissance, de la force (du côté obscur), du groove... et surtout, une profusion d'idées. Ce n'est pas de l'électro dark planante avec une idée par morceaux, mais plutôt une idée par seconde (j'exagère à peine, écoutez attentivement, vous verrez...) Pas de bidouillage électro sans queue ni tête, mais un sens de la construction, de la cohérence, de la narration, qui fait tout le génie d'Amon Tobin.
Si Out from out where est le plus "futuriste" des albums de Tobin, c'est aussi parce qu'il délaisse ses influences jazz (sans parler de ses influences bossa - il est anglo-brésilien - assez nettes lors de ses premiers albums sous le nom de Cujo), au profit d'ambiances électro-SF inquiétantes, martiales, et post-apocalyptiques. Pas de swing jazz ou bossa, donc, mais, parmi les rares choses qui dans cet album nous rattachent à cette vieille terre, des motifs orientalisants mystérieux (Searchers, Proper Hoodidge, El Wraith). L'album, qui date de 2002, a un indéniable côté post 9/11, ce n'est pas un hasard si certains de ses morceaux ont été très fréquemment employés pour illustrer des reportages sur les réseaux terroristes en Orient. Mais il serait bien trop réducteur d'enfermer l'album dans ce cadre-là, il nous entraîne beaucoup plus loin, et beaucoup plus haut.        
Le premier morceau s'intitule Back from Space... pertinent, dans le sens où l'on a vraiment l'impression durant tout l'album qu'Amon Tobin en revient pour nous présenter les sons et musiques les plus passionnants qu'il y ait découvert... mais, du coup, c'est l'effet inverse qui se produit chez l'auditeur, qui, lui, décolle pour un des trips SF les plus fascinants qui soit.  
 


Si vous voulez être de ce voyage, c'est simple, il suffit de cliquer sur le lecteur suivant (puis d'acheter l'album qui mérite d'être écouté avec le meilleur son possible, au casque ou sur une bonne chaîne hi-fi). Si vous n'avez pas le temps, je vous recommande particulièrement Chronic Tronic, Searchers et El Wraith.




Chroniques d'Out From Out Where sur :

Trip-hop.net
Newforms
Fast'n'Bulbous

Acheter l'album sur priceminister ici, ou ici.

Amon Tobin - Out from out where

1. Back from space
2. Verbal ft. Mc Decimal R.
3. Chronic tronic
4. Searchers
5. Hey blondie
6. Rosies
7. Cosmo retro intro outro
8. Triple science
9. El wraith
10. Proper hoodidge
11. Mighty micro people

Précédentes chroniques sur Amon Tobin : 
Permutation et Foley Room

Les meilleurs albums de 2002
Par G.T.
Voir les 14 commentaires - Ecrire un commentaire
Vendredi 23 mars 2007 5 23 03 2007 01:38

Electro             03/2007 - Ninja Tune *****

Un peu moribonde, l'électro, ces derniers temps. Les artistes novateurs du label Warp (Aphex Twin, Plaid, Squarepusher) se sont en 2006 reposés sur leurs acquis. Rien de bien nouveau en 2005 non plus, malgré un très bon album de Boards of Canada (The Campfire headphase), et The Chaos Theory d'Amon Tobin, bon lui aussi, mais plus bourrin qu'à l'habitude et un peu en-dessous de ses précédents chefs-d'oeuvre. Faut dire que c'était un album un peu particulier, la bande-son d'un jeu vidéo (Splinter Cell), et la première fois qu'un éditeur de jeu faisait appel à une vraie "pointure" en s'offrant le "magicien des sons" anglo-brésilien. Moribonde, disais-je avec un peu de sévérité, mais il y a de tels artistes passionnants dans l'électro qu'on est en droit d'attendre des albums expérimentant de nouvelles voies plus régulièrement.

Avec Foley Room, Amon Tobin place à nouveau la barre très haut. J'écrivais il y a peu sur ce 5 mars étonnant par la densité d'albums de qualité sortis ce jour-là... mais l'ironie de l'histoire, c'est que deux des albums les plus attendus de l'année souffrent la comparaison avec deux autres sortis plus "discrètement" le même jour. Le dandy Nick Cave, avec Grinderman, donne une leçon de hargne à ceux qui ont si longtemps incarné au mieux la sauvagerie du rock, les Stooges, et Amon Tobin met une belle claque à Air, plutôt décevants avec leur mollasson Pocket Symphony.   

Très instructif et bienvenu, le DVD accompagnant le CD de Foley Room montre Amon Tobin se livrant à des expérimentations électro-acoustiques, délaissant les samples pour recueillir des sons à l'extérieur (grognements de tigres, bruits de la rue etc...) ou travaillant les sons en studio (la "foley room" est la pièce où sont enregistrés les bruitages de film). Sa démarche tient plus de la musique "concrète" que de la techno, mais il ne crée pas pour autant des oeuvres aussi froides et cérébrales que celles de la musique concrète, et n'a pas renoncé aux machines et sons électros. 

Comme il l'a toujours fait, Amon Tobin nous transporte avec Foley Room dans un formidable voyage sonore, à la fois sensuel, intelligent, ludique, musical, foisonnant. Un album envoûtant, mais aussi exigeant car il demande une véritable attention (une écoute au casque ou à un volume sonore assez fort sur du bon matériel change tout). Il est d'une telle richesse dans les détails et textures sonores qu'on perd beaucoup à ne pas lui prêter l'écoute qu'il mérite. C'était déjà le cas sur ses précédents albums, quoique ceux-ci bénéficiaient de mélodies et rythmes plus efficaces et faciles d'accès (sans êtres simples ou simplistes non plus). Ainsi, Foley Room n'est sans doute pas le meilleur moyen pour rentrer dans l'oeuvre d'Amon Tobin. Les exceptionnels Out From, Out Where, Permutation et Bricolage sont plus judicieux pour le découvrir et s'aventurer dans ses paysages sonores hors du commun. Mais si l'électro et l'expérimentation vous sont familières, jetez-vous sans tarder sur ce génial Foley Room.   

A écouter :

Amon Tobin - Keep Your Distance

Trailer du DVD :

Amon Tobin - Foley Room    

  1. Bloodstone [feat. Kronos Quartet]
  2. Esther's
  3. Keep Your Distance
  4. The Killer's Vanilla
  5. Kitchen Sink
  6. Horsefish
  7. Foley Room
  8. Big Furry Head
  9. Ever Falling
  10. Always
  11. Straight Psyche
  12. At The End Of The Day

Précédent article sur Amon Tobin : Permutation

Par G.T.
Voir les 14 commentaires - Ecrire un commentaire
Samedi 25 mars 2006 6 25 03 2006 19:02

Electro               1998 - Ninja Tune *****

Comme le disait Gainsbourg, la chanson et le rock sont des arts mineurs qui ne peuvent rivaliser avec le classique et le jazz. Mais à toute règle, il faut des exceptions. Quelques unes existent dans l’électro, tels Aphex Twin et Autechre qui n’ont pas à rougir face à la musique contemporaine savante. Le " cas " Amon Tobin est encore plus intéressant. Car il a réussi à créer une musique originale et complexe qui n’en reste pas moins assez accessible (mais si vous êtes fan d’Hélène Ségara, vous risquez d’avoir un peu de mal...)

Avec les logiciels et le matériel actuels, tout le monde peut créer des morceaux qui donnent l’apparence de la complexité, avec des rythmes et des sons qui partent dans tous les sens. Mais savoir les organiser pour en faire de véritables œuvres cohérentes est autrement plus délicat. Et s’il en est un qui maîtrise cela à la perfection, c’est bien l’anglo-brésilien Amon Tobin.

Le talent d’Amon Tobin c’est (entre autres) de savoir composer des albums cohérents, donc, où l’on n’a pas l’impression d’être face à un bidouilleur qui ne sait pas trop lui-même ce qu’il fait, et suffisamment denses et riches pour n’être jamais linéaires et monotones. Comme je l’ai écrit il y a quelques temps, Sea Inside body de Kelpe est un peu dans la même veine. Mais aussi bon soit l’album de Kelpe (et il est excellent !), Amon Tobin est un ton au dessus.

Ses albums (particulièrement Permutation et Out from out where) sont des albums-monde, des albums dont on ne vient jamais réellement à bout tant ils regorgent d’idées (les trouvailles sonores et leurs superpositions sont fascinantes). Il y a tout, chez Amon Tobin, mais un tout " organique ", pas bordélique (enfin… le bordel faisant partie du tout, il a aussi sa place). Sa musique est profonde et légère, sombre et ludique, agréable et angoissante, sauvage et planante, lyrique et sarcastique, expérimentale et accessible, subtile et fracassante, hyper-structurée et… bordélique.

Le plus saisissant, c’est qu’il arrive sur certains morceaux à faire coexister toutes ces caractéristiques sans perdre le fil, sans qu’on ait la désagréable sensation d’ingurgiter une bouillie post-moderne.

Comme c’est le cas pour les grandes œuvres classiques, on en perd beaucoup si on le laisse juste en bruit de fond, si on ne s’y plonge pas pleinement (alors que pour d'autres – au hasard… Zazie – on gagne beaucoup à ne pas se plonger du tout dans leurs productions). Ça me fait mal de laisser un titre en mp3, sachant que certains l’écouteront avec un son médiocre et un temps de cerveau moyennement disponible puisqu’ils surferont sur le net en même temps. Mais bon, si ça peut en séduire d’autres qui achèteront le disque après…

De toute façon, il n’y a pas le moindre petit début de raison à ne pas acheter ses albums. A moins d’être hermétique à la musique électronique. Car, outre le fait qu’il est un des compositeurs les plus inspirés de l’époque, ajoutons qu’il n’est pas, comme certains vendeurs de soupe, opposé au p2p (il comprend, lui, ce qu’est la passion de la musique, l’envie de découvertes et le manque de moyens financiers) et il est produit par un label indépendant (donc pas un de vos sous n’ira dans la poche de Pascal Nègre & cie, c’est toujours ça de gagné…)

Par quel album commencer ? C’est à vous de voir… je conseillerais principalement (et dans l’ordre) Permutation ("jazzy" et tribal), Out from out where (particulièrement sombre, martial et "orientalisant") et Bricolage (un peu plus aérien et calme que les deux autres, mais aussi réussi).  

Pour finir, et revenir sur ce qui est un des leitmotiv de ces pages… le seul problème avec Amon Tobin, c’est de ne pas avoir l’époque qu’il mérite. Certes, il est très célèbre dans le milieu de l’électro, mais s’il vivait dans un monde un peu plus éclairé, nul doute qu’il serait incontournable et prendrait la place que les stars en toc de la chansonnette volent aux vrais artistes.

Extrait de permutation : The Bridge

L'acheter sur priceminister, ici 

Par G.T.
Voir les 15 commentaires - Ecrire un commentaire

Commentaires

Recherche

A découvrir

Si vous désirez faire connaître vos musiques et pensez qu'elles peuvent intéresser les lecteurs de ce blog, laissez-moi un lien sous l'article Faites découvrir votre musique

 

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés