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Samedi 28 novembre 2009 6 28 11 2009 13:23
Comme promis, le compte-rendu de Monsieur Jean-Pierre Morignard, membre du cabinet conseil "Blog Brothers", spécialiste ès blog-marketing, et auteur des trois ouvrages de référence suivant :

Morignard, Jean-Pierre -  Essai de modélisation des logiques concurrentielles de la blogosphère,  Les Editions du Brochet, Paris, 2006
Morignard, Jean-Pierre - Etude structurelle et algorithmique de la dynamique des réseaux à l'ère du web 2.0, P.U.F., Paris, 2007 
Morignard, Jean-Pierre - Introduire son blog en bourse pour les nuls, Editions First-Gründ, Paris, 2009

Voilà donc ce qu'il a retenu de vos divers blogs musicaux :

Dr. Franknfurter : Ecrire en gris sur fond gris, avoir un nom de blog imprononçable, parler de nanars, de jazz, de disques inconnus, de groupes rock inaudibles... moi, tout ce que je vois ici, c'est un blog qui me crie "Me lisez pas ! Me lisez pas !" Qu'il soit rassuré, je ne le lis pas, et, d'ailleurs, je pense que personne n'a envie de lire un blog pareil. Seuls quelques blogueurs obsédés par l'idée de laisser des liens vers le leur laissent un petit commentaire, et il ne pourra jamais attendre mieux s'il ne se décide pas à revoir de fond en comble sa stratégie. Une stratégie d'autant plus consternante qu'il n'écrit pas trop mal, qu'il a de l'humour... mais ça, personne ne le saura jamais tant qu'il ne se remettra pas en question, puisque personne n'a envie de s'arracher les yeux pour lire des billets sur des albums ou films qui n'intéressent que monsieur Nfurter. La seule utilité de ce type de blog, c'est de servir de modèle pour comprendre ce qu'il ne faut surtout pas faire lorsqu'on se lance dans ce vaste marché en pleine expansion qu'est la blogosphère.  

Note : 1/10

Yosemitefolksinger : Je pensais qu'on ne pourrait jamais faire pire que le blog de Dr. Franknfurter en matière de marketing bloguien, je me trompais. Voilà le cas le plus désespéré qu'il m'ait été donné de voir dans toute la blogosphère. Un nom tendancieux et segmentant (sionisme ou second-degré antisémite ? A mon avis, rien de tout ça, le blogueur n'a sans doute même pas réalisé ce que son nom pouvait suggérer), et, là aussi, le pire design qu'on puisse imaginer : des textes en gris clair sur du gris foncé... ça lui coûterait quoi, de mettre une jolie image de paysage aéré et légèrement bleuté en fond, avec un texte en blanc ? A part une augmentation massive de sa clientèle ? Mais ça, Monsieur Folksinger ne semble pas en vouloir. Un rythme de publication proche du néant (un article par mois lorsqu'il est en forme), bref, c'est terne, vide, un blog qui semble nous dire "Lisez-moi si vous voulez vraiment vous emmerder et vous morfondre avec moi". Je n'ai même pas lu le contenu, la simple vue de la page d'accueil ne donne qu'une envie : fuir ! Je recommande vivement à ce monsieur Folksinger de prendre rendez-vous avec un des conseillers de notre cabinet Blog Brothers, il y a tout, mais vraiment tout à revoir sur son blog !

Note : 0/10  

Arbobo : Là, on a déjà du mieux : des articles très réguliers, un design plutôt attractif, du blanc pour aérer... on respire, après les deux sinistres blogs précédents. Mais voilà, c'est toujours le même problème lorsque l'on laisse les blogs à des amateurs, même quand il y a volonté de bien faire, il y a toujours des erreurs grossières et rédhibitoires que voit n'importe qui ayant un minimum de connaissance des fondamentaux du blog, le marketing ! Comment peut-on choisir comme pseudo et nom de blog "Arbobo" lorsqu'on sait bien que le "bobo" est un actuellement un repoussoir universel ? Pour les gens de droite, le bobo, c'est l'ennemi, la gauche-caviar devenue gauche-"caviar bio", le donneur de leçons qui ne connaît rien de la réalité difficile des gens qui se lèvent tôt. Pour les gens de gauche, il n'y a rien de pire que d'être considéré comme un "bobo", ce qui signifierait que l'on est complètement coupé de la base, de ce prolétariat qu'on défend et que l'on prétend comprendre. Pour les rockeurs, c'est le petit bourgeois précieux et ridicule qui est loin de leur univers de bière, de sang et de sueur. Pour le folkeux, c'est celui qui n'est pas vraiment "roots", une pièce rapportée en quête d'une authenticité qu'il n'a pas, etc, etc... je pourrais prendre chaque catégorie d'individus, le bobo est toujours le repoussoir. Tout le monde le sait, sauf Arbobo, qui aurait dû, comme tout bon blogueur moderne, faire une étude de marché afin de choisir le meilleur nom possible, pas le pire ! De plus, ce monsieur Arbobo s'adresse à des clients du milieu rock et folk indépendants. Et vante les mérites de chanteuses carlabruniennes... Il est là encore évident que Carla Bruni est devenue un des plus grands repoussoirs pour son coeur de cible. Dommage, vraiment, qu'il y ait d'aussi grosses erreurs stratégiques.

Note : 4,5/10  

Pop-hits : Le plus grand gâchis de la blogosphère. Et je pèse mes mots. Un excellent titre de blog, parce que "pop" et "hits", voilà des mots que le grand public qui cherche de la musique peut être amené à taper (alors que personne ne tapera spontanément "Dr. Franknfurter" "Arbobo" et encore moins "Yosemitefolksinger"). Mais, surtout, un humour, une férocité, un style, une faconde qui lui permettraient sans peine d'être le "roi" de la blogosphère musicale... s'il n'allait pas gaspiller son talent à flooder chez les autres pendant des heures alors qu'il ne publie qu'un article par mois ! Mais bon dieu, qu'il floode chez lui au lieu d'augmenter les commentaires et les stats de ses concurrents ! C'est d'ailleurs une des toutes dernières tendance bloguienne, le "self-flooding", où comment donner l'illusion que son blog intéresse plein de monde en y ajoutant des tas de commentaires sous divers pseudos. Faut vous tenir à la pointe, les gars, si vous voulez atteindre les hautes sphères de la blogosphère !
Bref, je m'interroge vraiment sur ce monsieur Cavallero. Un grand malade ou un abruti de première ? Parce que bafouer de la sorte toutes les règles élémentaires du blog-marketing, c'est hallucinant ! Et je ne parle même pas de tous ces articles sur des pochettes d'albums ringardes dont tout le monde se contrefout alors qu'il a tant à dire sur les albums et artistes qui passionnent les fans de rock. 

Une note : 1,5/10 (pour le style, et le nom, et c'est tout)

Libellus : Pffff... que dire... pour en dire quelque chose, encore faudrait-il comprendre ce dont il est question sur ce blog. Autant dans la forme que le fond, c'est du grand n'importe quoi. Du surréalisme, de l'ellipse, de la poésie ? Mais enfin, ces choses-là n'ont rien à faire sur le net ! Le blog, c'est un business sérieux... on ne devrait pas laisser ce type de blogs polluer le web. Vivement que les plateformes de blog imposent un examen d'entrée aux apprentis blogueurs, que l'on en finisse avec cet amateurisme qui décridibilise le marché !
Pourtant, on avait ici un design correct : des photos, des écoutes, du blanc, c'est aéré... bref, tout est bien lisible, sauf ses textes...

Une note : 1/10 

Laisseriez-vous votre fille coucher avec un rock-addict... C'est à croire qu'un blogueur concurrent lui a refilé ce nom pour couler son blog. Imaginons un visiteur qui tomberait chez lui, qui trouverait son blog pas trop mal... mettons qu'il veuille y revenir une semaine plus tard, rien que l'idée de taper le nom du blog (s'il s'en souvient) dans un moteur de recherche, il abandonne ! On est dans l'ère de l'hyper-communication, de l'information en temps réel, de la vitesse à tout prix, personne n'a de temps à perdre pour taper des noms pareils, ni les garder en mémoire !
Deuxième point préoccupant, monsieur "The Old" ne cesse - chez lui et chez les autres - de s'auto-flageller, et de tendre la bâton pour que tout le monde le batte. Il passe son temps à avouer qu'il aime des trucs "honteux" (Mötley Crue, BB Brunes, Billy Idol, Libertines, Buffy contre les Vampires...), qu'il ne connaît pas tel grand classique du genre dont il prétend avoir des choses à dire... mais que l'on aime des trucs honteux ou que l'on ait de grosses lacunes, on s'en fout ! Le but, c'est de donner l'impression d'être au top dans son domaine d'expertise, puis d'écraser la concurrence, pas de crier à la concurrence "Ecrasez-moi, je ne suis qu'une merde !"

Une note : 1,5/10   

Le Golb : Ah, enfin un bon p'tit gars qui a tout compris des règles du blog-marketing :
1. Des classements, des concours (le top of the flops, c'est très bien, flatter les bas instincts, rien de tel pour vendre), bref, de l'interactif, essentiel à l'ère 2.0. 
2. Un nom court, qui sonne bien et que l'on tape facilement sur les moteurs de recherche.
3. Un très bon rythme de publication, de la diversité dans les choix de sujets, des chroniques, des éditos, et, surtout, le Golb a su trouver un très bon créneau, moderne, où il y avait un vrai déficit d'offre par rapport à la demande : les chroniques de séries.    

Et pourtant, là encore, tout est bêtement gâché par une faute impardonnable... le fond grisâtre ! Le gris, c'est tout de même le pire code couleur. Tout ce que ça évoque, c'est la tristesse, la morosité, la saleté... bref, le gris, c'est terne, c'est laid ! Evident pour tout le monde, sauf le propriétaire du Golb et quelques autres blogueurs qui ne comprennent rien aux codes couleur. On ne leur demande pas de passer au rose fluo, mais un agréable petit fond blanc, c'est le minimum ! Le blanc, c'est propre, c'est rassurant. Ou du bleu clair, le bleu, c'est apaisant. Quand vous recevez des gens chez vous, le sol n'est pas gris de poussière, non ? Alors pourquoi les recevoir sur son blog de cette manière ?

Note : 6/10

7and7is : C'est à croire qu'ils le font exprès, ou que je suis tombé sur une communauté de blogueurs daltoniens... du gris, du gris, et encore du gris ! A moins que ce ne soit une petite bande de blogueurs dépressifs... Là aussi, du gâchis, vraiment, parce qu'il y a quelques bonnes choses : pas mal de photos, des vidéos - ce qui permet tout de même de contrebalancer légèrement la morosité du gris - mais bon, peu importe ce monsieur ne désire pas vraiment être lu, entre la tristesse du gris et son rythme de publication trop paresseux, il a peu de chances d'attirer des visiteurs ou d'être bien référencé.

Note : 2,5/10  

Le Bal des Vauriens : voir 7and7is, mêmes défauts, même note.

Jécoutedelamusiquedemerde... On veut bien le croire, puisque personne ne semble connaître les groupes dont il parle, et personne n'a envie de les connaître non plus tant ils sont confidentiels. Dommage, pourtant, car ici, la forme était pas mal : le fond bleu apaisant, des billets brefs et très réguliers, de nombreuses vidéos, des photos... Suffirait juste de remplacer les groupes anodins dont il parle par de vrais groupes pour avoir un blog musical correct. 

Une note : 2/10

Kill Me Sarah : Encore un cas pathologique. Pourtant, il y a du potentiel chez monsieur KMS : des billets très réguliers, pas trop longs, bien écrits (même si on regrettera le ton un peu trop "poétique", inadapté au monde des blogs). Un blog assez clair, aéré, des écoutes... bref, dans la forme, c'est bien, mais le fond, c'est une autre paire de manches. Le grand professionnel que je suis est allé jusqu'à écouter les titres qu'il propose... et dieu que je le regrette ! Des groupes sous tranxène incapables d'accorder correctement une guitare, des bidouillages électro de malades mentaux... bref, quand c'est pas lent et déprimant, c'est speed et inaudible. Ca lui ferait mal de penser un peu au public qui a envie d'écouter de jolies choses entraînantes ? Ca lui ferait mal de mettre un peu de Coldplay, de Coeur de Pirate, de Laurent Voulzy, de Pete Doherty, bref, des choses que tout le monde aime ? Non, monsieur KMS préfère rester avec sa petite poignée de clients snobinards et sociopathes, à s'extasier devant tout ce qui agresse les oreilles saines du public.
Plus grave encore... monsieur KMS va totalement à l'encontre d'un des préceptes de base du blog-marketing, respecté par l'essentiel des blogueurs : "je déteste mes concurrents et leurs goûts, mais je les flatte parce que l'essentiel est de se créer le plus grand réseau possible"... et lui n'arrête pas, chez l'un ou chez l'autre, de se foutre de leurs goûts et de balancer de laconiques "c'est de la merde"... Non seulement il cherche à se couper du public en diffusant des musiques inaudibles ou déprimantes, mais aussi des blogueurs ! Un blogueur misanthrope, c'est du non-sens total. Personne ne vous demande d'aimer les nullités qu'aiment les autres, mais faites comme tout le monde, suffit juste de dire "bel article, bravo", et tout le monde est content.  

Une note : 2,5/10 (parce que je suis sympa... contrairement à ce monsieur KMS)

Instant Critique : Peut-être le contenu de ce blog est-il très bien, j'en sais rien... puisque ce monsieur ne veut tellement pas qu'on le lise qu'il a choisi la police de caractère la plus petite possible. Renonçant à l'idée d'aller chercher une loupe pour décrypter ses billets, j'ai laissé tomber.

Une note, quand même : 0/10  
  
Le Gueusif online : Passons sur le titre ridicule... Quelle mauvaise idée de ne laisser qu'un article sur la page d'accueil ! Il faudra expliquer à Monsieur Systool que l'internaute moderne, ce n'est pas un type qui a du temps à perdre à écumer les archives des blogs, ce qu'il lui faut, c'est au moins 5 articles sur la page d'accueil, ce qui multiplie par 5 les probabilités qu'il tombe directement sur quelque chose qui l'intéresse. Sachant que les "oeuvres" dont parle ce monsieur Systool sont assez segmentantes, c'est vraiment ne pas vouloir s'attirer des lecteurs ni les garder sur sa page d'accueil que de n'y laisser qu'un article.
Un bon point, tout de même, une fenêtre de pub qui montre que monsieur Systool cherche à rentabiliser sa pratique du blog... sauf qu'elle est en plein milieu de sa page ! Si ça lui rapporte plus de la laisser là, pourquoi pas, mais ça m'étonnerait que son coeur de cible apprécie... 

Note : 2/10 

115th Dream : Un rythme de publication beaucoup trop paresseux... alors certes, la tenancière de ce blog a écrit qu'elle a eu un bébé il y a quelques mois, et trouvera sans doute cela comme excuse pour justifier de son faible rendement. Foutaises ! Quand on a un bébé, rien de tel pour alimenter son blog facilement, on publie des photos de l'enfant très régulièrement, tout le monde aime ça, c'est mignon, et c'est très vendeur ! Des photos de bébé qui dort, de bébé dans les bras de maman, de bébé qui boit son biberon... et on le fout dans la baignoire, avec un billet accroché à une canne à pêche, ce qui amusera tous les fans de rock qui la lisent ! S'emmerder à écrire un article sur José Carlos Somoza (!) - et emmerder ses lecteurs par la même occasion - alors qu'en deux secondes, suffit de prendre une photo du marmot et de la publier, faut vraiment n'avoir rien compris aux fondamentaux du blog-marketing... Et quand on est une jeune femme, on publie des photos de soi sur son blog, c'est la moindre des choses pour fidéliser le lectorat masculin !

Note : 1,5/10

Jazz, Blues & co : Toujours la même histoire sur vos blogs : soit le fond est bon, mais la forme est nulle, soit c'est l'inverse. Comme ici. Pas de longs textes ennuyeux ni de design pourri, mais beaucoup de photos, d'écoutes, de vidéos (le nerf de la guerre du monde des blogs), des couleurs plutôt sympathiques et attrayantes... sauf que les musiques dont il est question n'intéressent personne ! Des trucs hyper-ringards (jazz, blues, bossa)... où sont les nouveautés excitantes qui font le buzz actuellement ?

Note : 2,5/10

Chants Ethérés : Même problème que Jazz, Blues & Co, la forme est pas mal (couleur sympathique, articles courts, liens nombreux, photos, texte clair et compréhensible) mais encore, une fois, des musiques ringardes qui ne risquent pas d'accrocher le grand public. A quoi ça sert de soigner la présentation si c'est pour parler de choses que personne n'a envie de lire ?

Note : 2,5/10 
   
Berceuse Electrique : Et encore du gris sur fond gris ! Non, vraiment, il y a trop de cas désespérés dans ces blogs musicaux, je vais arrêter ici ce compte-rendu, au risque de répéter encore et toujours les mêmes règles de base pour vos blogs d'amateurs.

Note : 0,5/10

Pour terminer sur une petite note positive, il y a aussi quelques blogs qui s'en tirent pas trop mal (Alternative Sound, BlinkingLights, Chez Vaness, The Man of Rennes...), où je n'ai pas relevé d'erreurs stratégiques aussi graves que celles dont je viens de parler (mais bon, on reste encore très loin des vrais pros de la blogosphère).

Voilà, ne me remerciez pas pour tous ces précieux conseils qui vous permettront d'optimiser votre pratique du blog. J'espère que l'auteur du blog qui m'accueille aura au moins retenu ce dont je lui parlais précédemment : ne surtout pas livrer ce long compte-rendu dans son intégralité, ce serait bien trop indigeste et totalement contre-productif, mais vraiment en faire plein de petits billets : un billet pour chaque blog analysé !
Je travaille sur un compte-rendu plus détaillé des défauts majeurs de son propre blog, et je lui livrerai très bientôt...
Par G.T.
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Samedi 28 novembre 2009 6 28 11 2009 09:35
Suite à une longue discussion avec Christian sur les logiques "concurrentielles" supposées de la blogosphère, j'ai pris contact avec un spécialiste, afin qu'il nous aide tous à rentabiliser et optimiser nos blogs musicaux.

Monsieur Jean-Pierre Morignard membre du cabinet conseil "Blog Brothers", spécialiste ès blog-marketing, est l'auteur des trois ouvrages de référence suivant :

Morignard, Jean-Pierre -  Essai de modélisation des logiques concurrentielles de la blogosphère,  Les Editions du Brochet, Paris, 2006
Morignard, Jean-Pierre - Etude structurelle et algorithmique de la dynamique des réseaux à l'ère du web 2.0, P.U.F., Paris, 2007 
Morignard, Jean-Pierre - Introduire son blog en bourse pour les nuls, Editions First-Gründ, Paris, 2009

Je le remercie très chaleureusement d'avoir accepté de jeter un oeil sur nos humbles blogs et de m'avoir accordé la permission de retranscrire ici notre discussion :

G.T. : Monsieur Mignard, permettez-moi de rentrer tout de suite dans le vif du sujet, pensez-vous que les relations entre blogueurs soient guidées principalement par une logique concurrentielle ?
Jean-Pierre Morignard : Monsieur G.T., permettez à mon tour que je vous pose une petite question toute simple : pourquoi bloguez-vous ?
G.T. : Ben... parce que je suis un passionné de musique, qui veut partager...
JPM : Allons, gardez ces beaux discours pour vos clients... enfin, vos "lecteurs"... non, sérieusement, répondez honnêtement à ma question...
G.T. : Mais je vous assure, je suis un passionné de musique et j'aime faire découvrir et mettre en valeur les artistes qui...
JPM : Alors là, je vous arrête tout de suite, si c'est pour tenir des discours niaiseux, vous me faites perdre mon temps. Non, soyons lucide, si vous tenez un blog, vous avez forcément pour objectif de devenir LE blog de référence dans votre domaine, d'écraser toute concurrence, voire même de vous retrouver en situation de monopole... si vous et vos confrères blogueurs vous retrouvez à discuter sur les blogs des uns et des autres, c'est dans l'unique but d'aller piquer le plus de clients chez les autres, car au fond, vous vous haïssez tous ! Ils vous détestent, et vous les détestez, c'est aussi limpide que cela. 
G.T. : Si vous le dites... mais comment expliquer alors que tant de blogueurs fassent si peu d'efforts pour rendre leur blog plus lisible sur la toile ?
JPM : Parce que ce sont des cons ! Excusez ma franchise, mais il faut être conscient du fait que l'amateurisme des blogueurs, c'était compréhensible il y a 4-5 ans, c'est inacceptable maintenant ! Il y a, dans la blogosphère, une fracture sociale... un gouffre même, de plus en plus important entre les vrais "pros", la blogosphère qui se lève tôt, et les petits blogueurs du dimanche, qui n'ont aucun espoir de survie dans cette jungle qu'est le net où seul le plus fort, le plus vif, le plus agressif peut survivre. Et je milite justement pour réduire cette fracture, mes publications et les aides de notre cabinet de conseil Blog Brothers inc. sont destinées à permettre à tous d'optimiser son blog et sa pratique bloguienne. D'où le nom "Blog brothers", nous voulons aider tous nos frères blogueurs...
G.T. :Ah ? je pensais que c'était surtout en référence à Orwell et son fameux...
JPM : A qui ?
G.T. : Peu importe, poursuivez...
JPM : D'ailleurs, je suggère à vos lecteurs disposant d'un blog de commander notre brochure détaillée, disponible contre la modique somme de 199,99 euros, qui leur sera d'une aide précieuse - et ils en ont besoin, de ce que j'ai pu voir - pour rentabiliser au mieux leurs blogs. Qu'ils vous écrivent s'ils sont intéressés, vous me transmettrez...
G.T. : Bien entendu... mais ne pensez-vous pas que tout le monde n'a pas forcément le temps pour devenir un blogueur "pro" ? 
JPM : Foutaises ! C'est même tout le contraire. J'ai longtemps étudié non seulement les blogs, mais aussi les blogueurs. Et je vous assure qu'on peut les ranger en deux catégories : le blogueur amateur, qui traîne chez lui en survèt' en attendant son RMI et en se creusant la tête pour trouver des sujets d'articles pour son blog, et le blogueur moderne, dont je peux vous donner l'emploi du temps type...
G.T. : Faites donc...
JPM : 6h00 : Lever
6h05 : Il boit son café en consultant les stats de son blog.
6h08 : Il vérifie que ses objectifs d'audience prévisionnels fixés en début de semaine correspondent bien à la réalité de ses stats, et calcule ce que lui ont rapporté ses fenêtres de pubs.
6h11 : Petit tour sur les sites anglo-saxons les plus réactifs dans son domaine de prédilection, il voit ce qui fait l'actualité du jour, traduit brièvement les grandes lignes dans un billet sur son blog, ajoute en quelques clicks vidéos, photos, jeux, pour proposer un contenu plus ludique qui séduise sa clientèle. 
6h28: Une fois ce premier billet publié, il retourne à ses stats, calcule la popularité de ses sujets d'article en fonction du taux de visites de ses pages, va chercher une news sur le sujet le plus attractif, et en fait un petit billet qu'il programme pour la fin de journée. Deux billets dans la journée, voilà ce qu'il faut pour optimiser son référencement sur google.   
6h51 : Il se brosse les dents en allant faire un tour rapide sur les blogs de référence. Il fait un copier-coller de la phrase "Très bon billet, bravo !" dans les commentaires de chaque nouvel article (mais il n'est pas idiot non plus, il a quelques variantes du style "Bravo, très bon article" "J'aime beaucoup cet article" 'Je suis tout à fait d'accord avec toi" etc...). Tout ce qui compte, c'est que les commentaires permettent de renvoyer un lien vers son blog, Toujours bon à prendre pour optimiser son référencement. 
Et à 7h00... il en a terminé avec son blog ! Il peut alors emmener les enfants à l'école, partir au boulot et vivre une vie normale, sans que cette activité ne lui ait coûté trop de temps. Tout juste faudra-t-il qu'en fin de journée il réponde "Merci à tous pour vos interventions !" à la suite des commentaires de ses deux nouveaux articles. C'est tout de même pas bien compliqué, non ?
G.T. : Mais... où est le plaisir ?
JPM : Le plaisir est chaque matin de regarder sa courbe d'audience augmenter, ses parts de marchés s'accroître, et ses revenus pubs grimper chaque jour un peu plus. Bloguer, ce n'est rien d'autre que ça, le reste, c'est de la branlette de pseudo-intello, et ça n'a rien à faire dans ce gigantesque marché qu'est le web.
G.T. : Vous m'avez très gentiment proposé d'analyser brièvement nos divers blogs, de nous conseiller ainsi sur comment optimiser nos parts de marché dans un petit compte-rendu. Vous permettez que je le publie à la suite de notre discussion ?
JPM : Surtout pas ! Enfin, je veux dire, oui, bien sûr que vous pouvez le publier, je suis là pour vous aider tous à améliorer vos blogs. Mais non, pas à la suite de notre discussion, c'est d'ailleurs là un des principaux défauts de votre blog... Pourquoi faire de si longs articles que personne ne lira vraiment en entier alors que tout blogueur sait bien qu'une des règles de base est de faire court, de publier un maximum, et lorsque l'on a un texte un peu plus long que d'habitude, le couper en 2 ou 3 parties... D'ailleurs, un blogueur moderne, pro, aurait coupé cette interview en au moins deux billets. De cette façon, vous incitez votre clientèle à revenir plus régulièrement dans la journée et le lendemain - ce qui vous amène donc beaucoup plus de clicks - en espérant tomber sur la suite de l'article. Nous sommes dans une société de l'information, pas de la réflexion. Ce que veulent les gens, c'est des brèves, les dernières infos, du buzz, pas s'emmerder à lire des dissertations chiantes comme les vôtres - excusez ma franchise, mais il faut appeler les choses par leur nom. Il faut appâter le lecteur, pas l'assommer avec des textes interminables. Dites à vos lecteurs que vous publierez la suite dans la journée, ils reviendront tous plusieurs fois sur votre blog - d'autant plus que les blogueurs n'aiment au fond qu'une seule chose, que l'on parle d'eux - et publiez l'article ce soir ou demain.

Aurez-vous l'honneur de voir votre blog sélectionné et analysé par le sympathique Monsieur Morignard ? La réponse tout à l'heure... 
Par G.T.
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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 10 2009 13:34

null Vous pensiez que la sortie du coffret de l'intégrale Beatles était l'événement musical de l'année ? Non, ce n'était qu'un simple teaser, un préambule; le véritable événement, c'est ce Songs of the Beatles (mégalo, moi ?)

Plus de 50 ans après la "beatlemania", les Fab Four font toujours l'actualité, restent les incontestables et indétronables génies et rois de la pop... mais tout le monde ne saisit pas forcément à quel point ils le sont. Dans une époque où l'on mesure le génie d'un artiste en fonction de ses chiffres de vente, ils forcent peut-être le respect par leurs records, mais n'ont rien à voir avec l'autre "
zombie pédomaniaque", eux ont vraiment révolutionné la musique pop, et, allons-y carrément, ils en sont même l'alpha et l'oméga.

Une centaine de chansons exceptionnelles composées en moins d'une décennie, voilà un chiffre autrement plus fort que les ventes de Thriller. Ce projet (un blog, une chanson du groupe) ne pouvait se faire qu'avec les Beatles... avec n'importe quel autre artiste pop, cela aurait été la guerre pour s'approprier une de ses 5 ou 10 grandes chansons... là, vous n'aurez que l'embarras du choix.
Mais au fait... en quoi consiste exactement ce projet inter-blog ? Rien de plus simple. Chaque blogueur choisit une chanson des Beatles, la note (en gras, pour faciliter la lecture de ceux qui veulent vérifier rapidement que telle chanson n'a pas été prise) dans les commentaires ci-dessous. Ensuite, vous écrivez sur votre blog un billet sur cette chanson - vous pouvez en parler d'un point de vue historique, esthétique, humoristique, strictement personnel (ou tout à la fois) chacun fait comme il l'entend - et je répertorierai vos articles sur une page. Les premiers arrivés sont les premiers servis, alors dépêchez-vous de "réserver" votre chanson si vous tenez à une en particulier.

Liste des chansons des Beatles sur wikipedia, pour vous rafraîchir la mémoire.
 
Mon choix : Things we said Today (non, ce n'est pas par snobisme que je laisse les illustres A Day in the Life, Tomorrow never Knows, I Want You etc... mais vraiment parce que cette chanson m'a profondément marqué). 
Par G.T.
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Mardi 13 octobre 2009 2 13 10 2009 19:35
(Non, pas de mauvais esprits, cet article est strictement musical et n'a aucun rapport avec les affaires Frédéric Mitterrand et Polanski)

Expliquer ce que sont les tonalités, les accords parfaits majeurs et mineurs, les règles harmoniques, est un vrai défi lorsque l'on s'adresse à de non-musiciens (et même à certains musiciens). C'est un cercle vicieux : pour comprendre ce qu'est une tonalité, il faut comprendre ce qu'est un accord, pour comprendre les accords et leur utilisation, il faut comprendre les gammes, pour comprendre les gammes, il faut comprendre comment elles s'utilisent dans une tonalité. Par contre, il y a au moins une chose que tout le monde peut arriver à "entendre", c'est la différence entre tonalités majeures et tonalités mineures : le majeur sonne plutôt joyeux, le mineur triste. Distinguer une musique joyeuse d'une musique triste, c'est à la portée de tous ; n'importe qui peut donc faire le malin et, sans ne rien connaître de la théorie musicale, dire d'un morceau qu'il est en majeur ou en mineur. Pourtant... il faut aussi nuancer, on peut faire du "mineur joyeux" et du "majeur triste". Mais ce sont là plutôt des exceptions, la très grande majorité des morceaux en mineur que vous ferez écouter à quelqu'un lui sembleront tristes (ou sombres, mélancoliques, etc...) 
Par exemple, les musiques tziganes ou orientales, généralement en mineur, peuvent être "festives" selon la manière dont elles sont jouées, mais ont toujours un peu de la tristesse du mineur.

Pourquoi, donc, cette tristesse du mineur ? Il existe une réponse assez simple à cette question : les intervalles mineurs sont des intervalles plus petits, plus "ressérés" que les intervalles majeurs... ce qui donne cette impression de mélancolie, d'introversion, de mystère. Prenez une comptine pour enfants, jouez-la en mineur... et vous verrez qu'elle perdra de son côté léger et apaisé, elle s'assombrira et deviendra mélancolique. Un chef-d'oeuvre l'illustre bien, la 1ère symphonie de Mahler dont le 3° mouvement reprend sous forme de marche funèbre le fameux chant pour enfant, Frère Jacques (Bruder Martin chez les allemands et autrichiens), joué en mineur. Ce mouvement a fait scandale à l'époque, on trouvait notamment qu'il y avait quelque chose de maléfique, satanique, à détourner cette comptine innocente pour enfants :



(La Symphonie est en Ré majeur, mais ce mouvement est bien entendu en mineur.)

Le rythme de marche funèbre (dans l'exemple musical ci-dessus, Bernstein le prend plus rapidement qu'à l'accoutumée) et la sonorité plaintive des contrebasses jouées dans l'aigu contribuent  à assombrir Frère Jacques, mais c'est la transformation des intervalles majeurs en mineur qui change vraiment le caractère de cette comptine. 

Qu'est-ce qu'un intervalle ? C'est la distance qui va séparer deux notes. Vous connaissez forcément l'ordre des notes : Do Ré Mi fa Sol la Si Do. 
De Do à Ré, il y a un intervalle de seconde.
De Do à Mi, un intervalle de tierce
Do-Fa : quarte
Do-Sol : quinte
Do-La : sixte
Do-Si : septième
Do-Do (aigu) : octave

C'est l'intervalle de tierce par rapport à la note principale (la fondamentale) qui détermine si la tonalité est majeure ou mineure. Donc, dans la gamme de Do ci-dessus, on est en majeur, il y a deux tons entre Do et Mi. Si on voulait passer en mineur, il faut baisser la tierce, on lui enlève 1/2 ton, on se retrouve alors avec un intervalle de 1,5 ton : Do - Mi bémol (mettre un bémol, c'est baisser une note d'un demi-ton).

Si vous êtes largué (ce qui peut se comprendre, tout ça est difficile à saisir lorsque l'on ne joue pas d'un instrument), sachez que ce n'est rien, on va passer maintenant à une explication nettement plus complexe qui fait intervenir les lois de l'acoustique. Mais accrochez-vous, la récompense sera d'autant plus grande, car il y a matière à remettre en question ou du moins interroger pas mal de préjugés sur ce qu'est la musique et ce qu'est le son.

Lorsque vous jouez une note... vous en jouez plein d'autres sans le savoir. Ce sont les "harmoniques". Un son comporte plusieurs autres sons, très difficiles à percevoir à l'oreille, mais qui sont bien présents, vibrent et entrent en résonance. Faites vibrer une corde de guitare, et si vous prêtez bien l'oreille, vous devrez entendre, en plus de la note jouée, des sons plus aigus. Ce sont les harmoniques de la note, et elles ont une importance considérable. Ce sont elles qui vont faire la richesse d'un son, et différencier deux instruments. Ce qui fait la qualité d'un instrument, d'une voix, ce sont ses harmoniques. Par exemple, si les synthés bas de gamme des années 80 avaient ce son aussi pourri, c'est parce que l'on synthétisait une note, mais pas toutes ses harmoniques. Plus un son donne à entendre d'harmoniques, plus il sera riche, chaleureux, aura un beau timbre. 
Il peut sembler étrange à certains que ces notes que l'on n'entend pas "naturellement" fassent la qualité d'un son... il suffit de prendre un exemple que vous connaissez en général mieux : le mp3. Dans un fichier mp3, on a retiré les fréquences trop basses ou aiguës pour l'oreille. Et pourtant, cela nuit à la qualité du son, puisque l'on sent bien que la musique en mp3 n'a pas la qualité d'une musique non-compressée.

Quelles sont les harmoniques ?
Si vous jouez un do et que vous avez une oreille exercée, vous arriverez à percevoir ses premières harmoniques : un do à l'octave, puis on monte au sol, de nouveau un do et un mi (et sib - do - ré - mi -fa -sol).
Soit un intervalle d'octave, puis un intervalle de quinte (do-sol), de quarte (sol-do), et de tierce... majeure (do-mi) !

Une petite vidéo trouvée sur youtube qui vous permettra d'y voir plus clair :




Ce que la physique démontre en étudiant les vibrations sonores (et qui remonte à Pythagore) est que les premiers intervalles "naturels" sont les octaves, quintes, quartes, et enfin les tierces majeures. Il est assez fascinant de constater que c'est aussi dans cet ordre que l'on a considéré comme "consonance" ces intervalles dans l'histoire. Les musiques de l'antiquité et du Moyen Age privilégient les octaves, quintes et quartes, il faudra attendre la renaissance pour que la tierce commence à être acceptée. Et dans les musiques assez rudimentaires (blues, rock des années 50... voire le metal avec les "power chords"), on s'attache avant tout aux quintes et quartes. En fait, ce qu'ont apporté les Beatles au rock, c'est en quelque sorte l'équivalent de ce qu'a apporté la musique de la renaissance. Si l'Italie (et Florence en particulier) a été le pays où qui a vu naître cette nouvelle esthétique dans les arts, cela n'a pas été le cas en musique. Au XVème siècle, c'est d'Angleterre qu'est venu cette nouvelle utilisation et conception des tierces (et sixtes, la sixte est un renversement de la tierce) à la base de la musique tonale qui suivra (les accords parfaits majeurs et mineurs sont des empilements de tierces)... et dans les années 1960, 4 gars de Liverpool vont révolutionner le rock, notamment en privilégiant beaucoup plus les tierces que les quartes et quintes,ce qui rend leur musique plus "raffinée" douce, agréable que le rock qui précédait. 

Revenons aux harmoniques... dans une note, on trouve donc l'accord parfait majeur (fondamentale - tierce majeure - quinte) dès les premières harmoniques. Un accord majeur est donc plus "naturel" qu'un accord mineur, ce qui peut nous permettre de mieux saisir pourquoi les musiques en majeures semblent plus sereines, apaisées ou joyeuses. La tierce mineure, elle, ne fait absolument pas partie de ces harmoniques, elle est ainsi plus "artificielle".

Les impressions de tristesse, de mélancolie, d'inachevé, de mystère et/ou d'angoisse que le mineur suscite si facilement peuvent ainsi s'expliquer par le fait que l'intervalle mineur est lui-même étranger à l'harmonie naturelle d'un son. Faut-il en déduire que les musiques en majeur sont préférables à celles en mineur ? Non, bien sûr... sinon, ce serait comme dire qu'un film tourné avec un éclairage particulier, un grain d'image "stylisé", serait moins bon qu'un autre dont l'image est la plus "réaliste" possible.

Pour terminer, quelques exemples de musiques en mineur afin de voir les différentes atmosphères, émotions, qu'il permet de "mettre en musique"... car il ne se limite pas à la seule "tristesse" :  

Mineur mélancolique et lyrique :

Radiohead - Exit Music (For a film)


Mineur rêveur et triste :

Antonio Carlos Jobim - Insensatez


Puissant et tourmenté :

Beethoven - 1er mouvement de la 5° symphonie


Envoûtant, hypnotique et orientalisant :

Dead Can Dance - Yulunga

(ou, bien sûr, The End des Doors)

Festif et funky :

Doobie Brothers - Long Train Runnin' 

Inquiétant et malsain :

Massive Attack -
Mezzanine


Pesant, glauque :

Velvet Underground - Venus in Furs


Funèbre, douloureux, grave :

Chopin - "Marche Funèbre" de la sonate pour piano n°3


Volontaire, dynamique :

Bella Ciao


Martial, puissant, tragique :

Mahler - Symphonie n°6, 1er mouvement 

Sauvage, violent, déstructuré :

Sonic Youth - Silver Rocket


Cool, sensuel et funky

David Bowie - Win 



On peut exprimer des choses très différentes en mineur, mais comme vous pouvez le constater - si vous prenez la peine d'écouter ces morceaux (enfin, j'espère que vous connaissez la plupart, qui sont tout de même des références dans leurs genres) on retrouve toujours, même dans ses moments les plus "joyeux", un fond de tristesse... 
 
Par G.T.
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 09 2009 21:52
"La musique, ça ne s'explique pas, ça parle directement à nos émotions, nos sensations, notre coeur". Voilà bien un des avis les plus répandus sur la musique. Mais surtout une vision romantique dépassée. Car les émotions et sensations ne sont pas déconnectées de la raison. L'opposition "raison/émotion" (que l'on retrouve dans l'opposition classique/romantique) n'est plus acceptable, on sait bien que l'un va avec l'avec autre. Même sans être féru de psychanalyse, on ne peut nier que l'émotion a sa "raison", sa logique, on n'est pas touché ou ému sans "raisons". Par exemple... contrairement à ce que dit le vieux cliché, l'amour n'est pas aveugle. Si vous êtes beau, intelligent, sympathique, drôle, prévenant et riche, vous aurez beaucoup plus de chances de susciter l'amour que si vous êtes moche, con, désagréable, sinistre et pauvre. J'enfonce une énorme porte ouverte, mais c'est pour briser la plus petite, tenace, qui voudrait nous faire croire qu'émotion et raison sont distincts et se confrontent, et que la musique pourrait parler à l'une sans parler à l'autre. Les émotions ne viennent pas de nulle part, ne sont pas figées, mais évoluent de manière... "rationnelle". Vous pouvez, sans trop l'expliquer, vous sentir bien avec une personne, mais selon ses comportements au fur et à mesure de votre relation, vos émotions fluctueront. Bien souvent de manière extrêmement logique : plus elle se montrera désagréable avec vous, moins vous l'aimerez. C'est aussi bête que cela (à part pour quelques masos, mais c'est une autre histoire... qui s'explique aussi par la raison).
L'amour n'est pas que de "l'émotion pure", et il n'y a aucune raison de considérer que l'art le soit. Nous sommes faits de raison et d'émotion, qui ne sont pas deux parties inconciliables, mais plutôt des ingrédients qui se mélangent et constituent l'alchimie de l'être humain.

Même si vous n'êtes qu'un auditeur "occasionnel" de musique, qui se laisse juste emporter par telle ou telle chanson sans chercher à vous l'expliquer ni la comprendre "intellectuellement"... votre raison intervient dans l'écoute, dans le rapport que vous créez à la musique. Tout comme elle intervient - un niveau plus ou moins conscient - dans nos émotions. 

Considérer que la musique serait avant tout de l'émotion, ce n'est qu'un point de vue, qui s'inscrit dans un contexte socio-historique particulier et nous vient du romantisme. Dans l'antiquité grecque comme au Moyen Age, la dimension scientifique de la musique était fondamentale (voir, par exemple, La musique au Moyen Age). La première expérience de physique importante... est une expérience acoustique et musicale, que l'on doit à Pythagore. En étudiant la vibration de cordes (certains pensent qu'il a commencé avec l'étude du poids des marteaux en fonction du son qu'ils produisaient), il en a déduit les bases de ce que sera l'acoustique, et a théorisé les intervalles, les "hauteurs de sons", en leur donnant une assise scientifique. Pour les grecs, comme au Moyen Age (et même encore chez Bach), la musique, c'est "l'art des nombres"... Musique, mathématiques et métaphysique sont liés, l'harmonie des nombres (mathématiques) s'exprime dans la musique et reflète l'harmonie du monde, la perfection divine et cosmique. Cette vision de la musique dans la Grèce antique est toujours la règle au Moyen Age, où la musique ne fait pas partie du "trivium", les arts du langage (dialectique, rhétorique, grammaire), mais du quadrivium : mathématiques, géométrie, musique, astronomie. La musique a donc plus à voir à cette époque avec les maths et la géométrie qu'avec la poésie ou la peinture. Mais la fin du Moyen Age n'est pas pour autant la fin de cette vision "scientifique" de la musique. On connaît l'importance du nombre dans la musique de Bach, qui relie elle aussi le nombre au divin par la musique. Un autre des plus célèbres compositeurs du XVIII° siècle, Jean-Philippe Rameau, se considérait autant comme théoricien que musicien, il a écrit des ouvrages de référence sur l'acoustique, et appliquait ses théories à sa musique. Bien sûr, on ne découvre pas subitement au XIX°, avec les romantiques, que la musique est aussi de "l'émotion"... mais l'émotion n'était pas le critère au coeur de la musique, celui qui la justifiait ou l'expliquait. En réaction contre les romantiques (ou par besoin de trouver de nouvelles voies), les compositeurs du XX° vont revenir à une musique plus "scientifique", objective, et cela du sérialisme dodécaphonique de Schönberg à la musique spectrale des années 70 (musique basée sur l'étude de l'acoustique et du "spectre sonore"), mais aussi chez Xenakis et bien d'autres. 

La musique qui ne serait que de l'émotion et n'aurait rien à voir avec le rationnel, c'est un concept qui ne peut que faire sourire les musiciens. Car lorsque l'on apprend la musique, on se rend vite compte que tonalités, gammes, accords, tempo ; tout cela n'a rien à voir avec le hasard ou juste l'inspiration, mais que la logique interne de la musique est très complexe et balisée. Même l'autodidacte qui gratouille sa guitare et vous dit "moi, tu 'ois, les gammes, la théorie, j'm'en tape, j'y connais rien, je fais juste ce qui me vient du plus profond, je laisse juste parler mes émotions"... regardez-le jouer, écoutez-le chanter, et si vous connaissez la théorie, vous verrez qu'il utilise des accords, tonalités et gammes bien précises qui se justifient rationnellement et scientifiquement. Par exemple - si vous n'avez jamais appris la théorie, vous pouvez sauter ce petit passage - dans une tonalité de Do, la structure harmonique sera construite autour d'accords de Do, Sol et Fa (comme chez Mozart, ou dans le blues... et toutes les musiques tonales), avec quelques accords de substitutions, des la mineur ou ré mineur pour varier de temps en temps, des modulations dans les tonalités voisines de Sol, Fa ou la mineur... bref, des rapports de quarte (Do-Fa) et quinte (Do-Sol) déterminants dans toute la construction de ce morceau qu'il croit "libre et inspiré" et qui nous ramènent... aux expériences acoustiques de Pythagore. Et les notes qu'il chantera sur ces accords seront dans la gamme de Do - avec des notes qui ne tomberont pas "par hasard" sur tel ou tel accord - et tout cela peut s'expliquer et se décortiquer de manière extrêmement précise, mathématique et physique. Bref, le type qui gratte une chanson sur guitare d'un air inspiré en prétendant que tout lui vient de ses plus profondes émotions, sans le savoir, il fait des maths et de la physique. De la plus anecdotique des chansons pop à la symphonie romantique la plus exaltée, derrière toute musique, on trouve des règles très précises et "scientifiques", et cela même lorsqu'elles semblent détournées. En voilà une idée d'un prochain article, expliquer les théories acoustiques de Pythagore et Rameau en s'appuyant sur une chanson de Britney Spears...

Faut-il connaître les lois de l'acoustique pour vraiment apprécier et saisir la musique ? Non, bien entendu, mais il faut savoir que derrière une chanson, une oeuvre musicale quelconque, il n'y a pas juste un "artiste inspiré" qui laisse libre cours à son imagination, mais des bases scientifiques très carrées et rationnelles. Et les musiciens qui croient s'en affranchir en ne les étudiant pas sont bien souvent ceux qui en sont le plus dépendants. Un musicien qui ne connaît pas l'harmonie aura tendance à reproduire les parcours harmoniques les plus usuels là où celui qui l'a étudiée trouvera d'autres voies, et saura comment intégrer de nouvelles dissonances (il y a bien sûr des exceptions).

Pourtant, il est évident que dans nos sociétés, l'émotion est devenue le critère déterminant lorsqu'il est question de musique. On se fout de savoir si un compositeur a bâti toute l'architecture d'une de ses oeuvres autour du nombre d'or (enfin, pas Lou et quelques irréductibles), ce qui compte, c'est d'abord l'émotion ressenti. Qu'on le déplore ou non, c'est un fait. Il est donc tout à fait normal que ce soit par l'émotion que l'on juge actuellement de la qualité d'une musique, que l'émotion soit un critère esthétique essentiel. Mais il faut distinguer l'émotion très "personnelle" que l'on peut ressentir au contact d'une musique ; une émotion... qui ne regarde que nous, et l'expression de l'émotion par un artiste. Les deux peuvent se rejoindre, lorsque, justement, on a développé un rapport esthétique à la musique. Pour bien comprendre la différence entre les deux, prenons un petit exemple :   

Imaginez une femme, invitée au restaurant par un homme dont elle est tombée amoureuse, attendant ce soir-là que celui-ci lui fasse sa déclaration... ce qu'il fait, mais en sautant sur la table, en arrachant sa chemise et en lui beuglant "Que je t'aime" devant toute la salle. Il peut le faire de la manière la plus sincère possible, penser exprimer au mieux son amour... et cette déclaration qui lui vient pourtant du fond du coeur a de fortes chances de créer l'effet inverse à celui escompté. Si l'on ne parlait que "d'émotion pure", les choses seraient simples : une femme et un homme qui s'aiment, un homme qui fait sa déclaration avec le plus grand enthousiasme, et la femme qui en est comblée, est encore plus amoureuse. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, fin de l'histoire. Sauf qu'il ne s'agit pas que "d'émotion"... mais aussi de style. Ce qui compte n'est pas uniquement ce qu'on exprime ou ressent, mais la façon dont on l'exprime ou reçoit. Si c'est valable en amour, ça l'est d'autant plus en art et en musique.
Et comme l'esthète qui peut "fondre" devant telle sucrerie pop sans pour autant la considérer comme géniale, la femme dont il est ici question peut trouver "touchante" cette déclaration, mais elle se dira tout de même que ce type est peut-être plus lourdingue et barré que ce qu'elle croyait, et il y a des chances qu'elle remette en question sa relation avec cet homme.
Il n'est jamais question que d'émotion, mais aussi de style et d'intelligence émotionnelle, qui jouent sur notre ressenti. A partir d'une même expression toute simple ("je t'aime") et d'une même émotion, on peut susciter des ressentis très différents selon la manière dont on l'exprime, le cadre dans lequel on se trouve, le moment choisi, etc...

Imaginez, maintenant, un film d'action où le héros bodybuildé ne cesse de balancer "Je suis le plus fort, je vais tous vous écraser," cela au premier degré, chaque fois sur une musique pompeuse avec cuivres pétaradants... peu importe la virtuosité du metteur en scène, ce qui s'exprime est ridicule, et le film ne peut être qu'un navet. Même si l'on a envie de se détendre devant un gros blockbuster pas compliqué, on ne peut qu'être affligé par la bêtise et la puérilité des dialogues. 
C'est pour cela qu'on peut considérer que We Are the Champions de Queen... est une énorme daube. Peu importe que la mélodie soit "accrocheuse", ce qui se dit - même en faisait abstraction des paroles - c'est un truc aussi bêta, lourd et simpliste que les exemples précédents. Les musiciens romantiques, eux, savaient aller loin dans l'héroïsme et la puissance sans tomber dans l'emphase grossière. C'est toute la différence entre le grandiose et le grandiloquent, la grandeur et la boursouflure.
Autre exemple, punks vs néo-punks. Il est légitimement possible de dire que ces deux genres sont assez "crétins". La différence, c'est que chez les Sex Pistols, il y avait quelque chose - et cela n'est pas lié qu'à l'attitude, mais aussi à la musique - de vraiment sulfureux, dérangeant pour la société de l'époque, ainsi qu'un minimum d'ironie et de distance. Par contre, chez Blink machin et les autres, il ne reste plus que la crétinerie adolescente. 
C'est pour cette raison que le rock des années 50 n'est pas si ridicule et simpliste que certains ont pu le prétendre à l'époque... oui, il était simple, basique, mais il y avait aussi une certaine distance dans le fait de ne pas se prendre totalement au sérieux, une "coolitude" et une légèreté qui ont de quoi désamorcer les critiques.

En musique, on peut exprimer toutes les émotions... le problème, c'est de savoir comment les exprimer (et cela est valable pour tous les arts). Comme dans la vie, on peut, par exeemple, exprimer la joie de tas de manières différentes. Mais ce n'est pas tout d'être joyeux, encore faut-il que cette joie se manifeste avec un minimum d'intelligence, avec une compréhension de l'autre et de comment il va la recevoir. Si vous vous mettez à sauter dans tous les sens en embrassant le moindre passant et en lui criant "je t'aime !", vous aurez juste l'air d'un débile profond (à moins que vous vous trouviez dans une communauté hippie). Vous ne susciterez pas la joie, mais plutôt de l'embarras, des sarcasmes et de la consternation. Il en est de même en musique (et en art). 
L'une des grandes limites de la sociologie de la musique, à mon sens, c'est de négliger ce paramètre déterminant qu'est le facteur émotionnel. Lorsque deux personnes reprochent à une troisième d'écouter de la merde, ce n'est sûrement pas qu'une question de classe sociale, de codes et de bonnes références, mais surtout une attaque contre sa sensibilité. Nous avons tous été blessé ou ressenti, à un moment ou à un autre, ce sentiment de "honte" quand d'autres ont ironisé sur tel ou tel de nos goûts musicaux. Non pas parce qu'on nous renvoyait à notre classe sociale "inférieure", ça, on s'en fout pas mal, d'autant plus que depuis de nombreuses années, il est préférable de dire que l'on vient d'un milieu populaire plutôt que de l'élite (excepté dans quelques petits cercles aristocratiques ou de la très grande bourgeoisie... et encore)... le plus dérangeant, c'est l'impression qu'on nie la profondeur et la subtilité de notre sensibilité, que l'on est considéré comme un "bourrin" parce qu'on écouterait des musiques que d'autres jugent trop lourdingues, ou comme quelqu'un de mièvre parce qu'on aimerait des chansons trop mielleuses. C'est en quelque sorte la "justesse" de nos émotions qui est remise en cause lorsque l'on s'attaque à nos goûts musicaux. Nos goûts disent forcément quelque chose de nous, et si vos artistes favoris sont Queen, Bon Jovi, et votre chanson préférée l'atroce Final countdown d'Europe, on imaginera forcément que vous êtes quelqu'un aux émotions un peu "naïves" et primaires, contrairement à un plus subtil fan de Nick Drake, du Velvet et de Dylan. Bien entendu, il se peut que ce ne soit pas le cas, il doit bien exister quelques fans de Bon Jovi, Queen et Europe avec une sensibilité assez fine et une vraie "intelligence émotionnelle"... mais dans ce cas, vous ne pouvez aimer uniquement ce type de groupes, et vous comprendrez parfaitement, si, mettons, vous vous mettez à discuter musique avec une fille charmante que vous espérez séduire... qu'il est préférable d'éviter de commencer à lui parler de votre passion pour le hard FM, mais plutôt de Dylan, des Beatles, de Bowie ou de tout autre artiste plus subtil...
Pourquoi en revenir toujours à des jeux de séduction ? Car la musique est un art de la séduction (sans doute plus que les autres - particulièrement à notre époque - mais il est vrai que la séduction est au coeur de tout art)... et cela même dans le cas de musiques violentes, dissonantes, expérimentales. On y séduit en proposant quelque chose qui va véritablement "marquer" l'auditeur, et l'on cherche à séduire ceux qui... refusent de se laisser séduire par la mélasse sentimentalo-niaise diffusée à longueur de journée sur les radios commerciales.
Et comme dans tout jeu de séduction, l'autre ne peut interpréter vos émotions qu'à partir de la manière dont vous les exprimez. Ainsi, le rôle d'un critique musical, d'un "esthète", c'est aussi d'être un "passeur d'émotion", un filtre entre les artistes et les auditeurs, qui se donne pour but d'orienter vers des musiques où les émotions s'expriment de la manière la plus intéressante, subtile, convaincante... séduisante. Car il ne suffit pas à un album d'être original et accrocheur (après tout, certains albums de Queen le sont) pour être un grand album, le style (donc l'expression de l'émotion) est tout autant fondamental.
Le problème... c'est bien évidemment qu'il y a une bonne part de subjectif dans tout cela. Pour deux amateurs aussi exigeants l'un que l'autre, l'un pourra trouver telle chanson "mièvre", l'autre "magnifique". Mais c'est aussi pour cette raison que les débats sur la musique et nos goûts sont passionnants, parce qu'il n'y a pas une vérité scientifique qui s'impose à tous et ferme le débat, mais bien parce que tout est à construire et à réinventer en fonction des époques, du contexte, de nos conditionnements, de nos rapports aux émotions et à leur expression, qui sont eux-mêmes culturels. Ce ne sont donc pas qu'à des questions de contexte historico-social ou d'originalité que nous renvoie l'esthétique, mais aussi à notre manière de vivre, exprimer et communiquer nos émotions...       

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Esthétique et ressenti
Par G.T.
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