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Les Albums de 2009

Panthéon

Jazz, Blues

Jeudi 9 avril 2009 4 09 04 2009 10:14



Qu'est-ce que la musique ? Grande question qui peut amener des milliers de débats, définitions, thèses... mais si l'on s'en tient aux éléments qui la caractérisent, c'est très simple, les éléments qui font la musique sont  :
- Mélodie
- Harmonie
- Rythme
- Son
- Forme

Il est bon de revenir parfois aux fondamentaux, surtout lorsqu'ils permettent, comme ici, de comprendre en quoi un musicien peut être un vrai génie... car pour chacun des éléments qui composent la musique, Duke Ellington n'a pas été juste "bon", il a été exceptionnel : 

- Mélodie

Avant Ellington, le jazz était  de l'interprétation (après lui aussi)... le jazzman reprend une chanson, un thème, se l'approprie et en livre sa version. Parfois, il compose ses propres morceaux, mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. Ellington, lui, s'est distingué des jazzmen de l'époque en composant la plupart des morceaux qu'il jouait et, surtout, bon nombre de ses créations sont devenues de grands standards du jazz... In a Sentimental Mood, Satin Doll, It don't mean a thing (if it ain't got that swing), Mood Indigo, Solitude, Prelude to a Kiss, Sophisticated Lady, I'm beginning to see the Light, Cotton Tail, Just Squeeze me (but don't tease me), I Got it bad (and that ain't good), Do Nothin' Till You Hear From Me, Don't get around much anymore, In a mellotone, C Jam Blues, I let a song go out of my heart, Drop me off in Harlem, Something to live for, All too soon, Day dream, etc... sans parler de Take the "A" Train, Perdido et Caravan, trois morceaux écrits par des membres de son orchestre mais qui ont la "patte" Ellington.
Avec Ellington, le jazz s'est enfin trouvé un grand compositeur ; plus besoin d'être obligé de piocher dans le répertoire de Gershwin ou des auteurs blancs de ballades pour trouver des mélodies séduisantes, un des leurs était capable de leur procurer des standards de très grande classe. Des standards aux mélodies d'une qualité hors du commun, à la fois imparables et dignes (ce qui n'était pas toujours le cas des morceaux de music-hall ou populaires qu'ils revisitaient).
Come l'explique James Lincoln Collier, dans le tome I (des origines au Swing) de son excellent ouvrage "L'aventure du Jazz"" : "Ellington était, probablement, le meilleur compositeur de thèmes courts, de brèves mélodies et même de fragments mélodiques dans l'Amérique du XX° siècle. Je ne parle pas seulement des innombrables et superbes thèmes qu'il a écrits [...], mais je veux parler surtout des motifs très courts, des fragments mélodiques qui surgissent comme par enchantement dans ses compositions. Une composition d'Ellington est parsemée de petits motifs dont certains sont certes élaborés mais dont d'autres apparaissent et disparaissent, surgissent et s'évanouissent comme des reflets, des miroitements à la surface de la musique. Les thèmes de "A Jubilee Stomp", de "Rockin' in Rythm", de "Blues with a feeling", de "Cotton tail", de "A Old Man Blues" sonnent aussi frais, nouveaux, alertes que lorsqu'ils furent composés".   

- Son

Les mélodies d'Ellington auraient suffit à le faire rentrer dans le panthéon du jazz... et pourtant, il a été encore plus remarquable dans ses orchestrations, apportant au jazz des sonorités inédites, fascinantes... ce mélodiste exceptionnel était aussi un coloriste de génie.
On doit à Ellington le style "jungle", à la fin des années 20, qui consiste à recréer musicalement l'impression d'une jungle imaginaire... à la fois jungle africaine et jungle urbaine. Pour cela, il a particulièrement développé - en collaboration avec ses musiciens - l'utilisation de sourdines, ces trompettes et trombones "bouchés" avec des effets "wa wa", le "growl"... Le Duke - surnommé ainsi dans sa jeunesse parce qu'il était toujours très élégant... son père était majordome à la maison blanche - avait le son le plus "dirty" de l'époque.
Ellington ne s'est pas arrêté à ce style "jungle", il a sans cesse travailler sur les combinaisons orchestrales, les couleurs sonores... un des exemples les plus marquants étant le bien nommé Mood Indigo. Avant Mood Indigo, les choses étaient simples dans le jazz... la trompette jouait le thème principal, la clarinette brodait par-dessus sur des notes aiguës, et le trombone accompagnait sur des notes graves. Rien de plus normal, cela correspond à la tessiture de ces instruments, il n'y avait aucune raison de faire autrement. Les habitudes sont tenaces, jusqu'à ce qu'un génie vienne bouleverser les choses - pas simplement pour le plaisir de la contradiction, sinon, ça n'aurait pas d'intérêt - et arrive à rendre possible et remarquable ce qui aurait été chez un autre considéré comme une grossière erreur d'orchestration. Ellington, donc, fait jouer un trombone bouché dans l'aigu et la clarinette dans le grave, sur un thème rêveur qui devient ainsi encore plus envoûtant avec cette couleur si particulière.
Autre exemple, à la fois ludique, spectaculaire et brillant, Daybreak Express ; où comment retranscrire à l'orchestre le son d'un train en marche tout en le faisant swinguer (tous les morceaux que je cite sont bien entendu dans la playlist ci-dessous).

- Harmonie

Ellington n'a pas eu une formation musicale "classique" (bien qu'il se soit intéressé de près à la musique classique), il a beaucoup appris en autodidacte... contrairement à ce qu'on pourrait penser tant il semble maîtriser mieux que tout autre jazzman la composition et l'orchestration. Mais c'est justement cette "faiblesse" qu'il a su transformer en force, qui lui a permis d'expérimenter des harmonies et sonorités inédites, parce qu'il arrivait à les faire "sonner" de manière intéressante, même si elles allaient à l'encontre des règles. Là encore, c'est en "peintre" qu'Ellington utilise bien souvent les harmonies, se préoccupant plus de la sonorité que des lois de l'harmonie. 
Wagner s'est mis assez tardivement - pour un compositeur classique - à étudier vraiment la musique, il est pourtant le compositeur qui a le plus révolutionné l'harmonie avant le XX°, celui qui est allé chercher les harmonies les plus originales et complexes... Debussy savait, à partir d'accords, tirer les couleurs les plus originales et saisissantes. Transposé dans le monde du jazz, Ellington, c'est à la fois Wagner et Debussy...
Le talent d'Ellington, c'est aussi d'avoir su utiliser des dissonances originales qui, chez un compositeur lambda, auraient semblé "dures", difficiles... mais lui savait parfaitement, par sa finesse d'écriture et sa musicalité, les faire passer avec fluidité et les rendre séduisantes.
Exemple de l'audace harmonique d'Ellington, le génial Koko, morceau étudié en détail par Edward Bonoff qui a relevé une abondance de 11° mineures, très rarement employées dans le jazz de l'époque...

- Rythme

Les deux grands orchestres du swing sont indiscutablement ceux de Duke Ellington et Count Basie. Si celui de Basie est en général considéré comme le plus "swinguant" (Basie au piano, Freddy Greene à la guitare, Walter Page à la contrebasse, Jo Jones à la batterie... difficile de trouver une meilleure section rythmique swing... et je ne parle même pas du jeu de sax de Lester Young)... celui d'Ellington n'a bien entendu pas à rougir à côté.
It don't mean a thing (it it ain't got that swing) aurait popularisé le terme "swing"... rien d'étonnant de la part d'un morceau qui soit autant irrésistible d'un point de vue rythmique. 
Quant à l'introduction de rythmes cubains dans le jazz... on pense souvent à Dizzy Gillespie, mais à l'origine, il y a encore Ellington, avec le célébrissime Caravan.
Pas besoin de m'étendre sur le génie du rythme chez Ellington, vous n'avez qu'à écouter la playlist ci-dessous pour vous en convaincre... si vous n'êtes pas transporté par ce swing magistral, c'est que vous êtes définitivement allergique au jazz (ou que vous êtes un fan hardcore de Basie).

- Forme

Ellington a été le premier jazzman à se lancer dans l'écriture de morceaux longs, notamment des "suites"... le disque et la radio imposaient des formats courts, mais cela ne l'a pas empêché de passer outre, de tenir à écrire des "oeuvres" qui ne soient plus de simples chansons ni des morceaux d'orchestre de 3 minutes. 


Le génie d'Ellington, c'est aussi d'avoir su relier mieux que tout autre jazzman les "opposés"... musique savante et musique populaire, légèreté et profondeur, musique blanche et musique noire... et les mélanger sans faire de la soupe. La soupe, ce sont ces orchestres jazz -  le plus souvent blancs - qui ont cherché une pseudo-respectabilité en lissant le jazz (moins de rythmes "sauvages", moins de sons "dirty"), histoire de le rendre plus acceptable pour les blancs... une sorte de "bouillie" classico-jazz, qui n'a ni la complexité du classique, ni la chaleur ou le côté "charnel" du jazz (le parallèle avec le rock progressif est vite fait). Duke Ellington a fait l'inverse, il a réussi à la fois à garder - et même accentuer - ce qui fait du jazz une musique dont les racines les plus anciennes et profondes se trouvent dans les musiques africaines (expressivité privilégiée à la "pureté" du son, rythmes)... et à porter au plus haut l'art de l'orchestration dans le jazz. 
Alors que la couleur de la peau, source de tant de discriminations, a été un problème pour nombre de jazzmen (qui regrettaient de ne pas être blancs pour être mieux considérés), Ellington s'est toujours montré particulièrement fier de ses origines et de sa couleur... "Say it loud, I'm black and I'm Proud" aurait parfaitement pu être sa devise...

L'orchestre de Duke Ellington (avec, bien sûr, le duke au piano), en 1943 (même si le morceau date de 1931), sur It don't mean a thing (if it ain't got that swing)... un parfait exemple pour apprécier le jeu avec les sourdines des cuivres et les effets "wa wa" :



Playlist : bon nombre de titres sont des années 30 - le son ne permet donc pas de toujours bien saisir la richesse de la sonorité de l'orchestre - mais j'ai préféré favoriser les originaux.





Une bio assez bien faite d'Ellington, sur Grioo.com :
Duke Ellington, le maître à penser du jazz

Duke Ellington sur
wikipedia

Histoire du Jazz
Par G.T.
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 01 2009 11:06
Le jazz, une musique compliquée, savante, inaccessible aux "non-inités"... voilà ce qui se dit le plus souvent. J'ai donc essayé d'écrire la plus simple et brève histoire du jazz possible, afin que ceux qui n'ont jamais osé s'y plonger puissent avoir, avec un minimum d'attention, les bases pour comprendre le jazz, son histoire et son évolution. Cet article ne fera pas de vous un spécialiste du jazz, c'est sûr, mais après sa lecture et l'écoute des quelques morceaux illustrant chaque période, vous ne pourrez plus dire - si c'est le cas - que vous ne connaissez rien au jazz...

(Cet article attend d'être publié depuis hier... mais Jiwa ne fonctionne pas... en attendant que les titres puissent être écoutés, je les ai regroupé dans une playlist sur deezer, à la fin de l'article)


1. Le New-Orleans (années 1910 et 1920)

Le premier style de jazz s'appelle "New-Orleans"... parce qu'il est né à la Nouvelle-Orléans (quand je vous dis que le jazz, c'est pas si compliqué...).
Une musique festive (qui donne l'impression d'un "collectif improvisé"), débridée (on parle de jazz "hot"), joyeuse, rythmée, jouée par de petits ensembles (des fanfares, à la base), où prédominent les instruments à vent (trompettes, trombones, clarinettes) accompagnés par une section rythmique : tuba (et/ou contrebasse), banjo ou piano, batterie (ce sont les premiers jazzmen qui ont inventé la batterie moderne).

Beaucoup de musiciens jazz vont émigrer à Chicago (qui offre plus de possibilités pour jouer et vivre de sa musique), le style se raffine, on parle alors... de style "Chicago" (du New-Orleans, donc, en un peu plus élaboré).
Le génie du Jazz New-Orleans : Louis Armstrong.
Un disque historique : Les Hot 5 & Hot 7 Recordings de Louis Armstrong (1925-1927).

Un titre : Louis Armstrong - Drop that Sack




2. Le Swing (années 30)

C'est l'ère des "big-bands". Un jazz plus écrit (beaucoup des grands noms du jazz swing ont eu une solide formation musicale, souvent classique... mais impossible pour les noirs d'intégrer les grands orchestres blancs, ils ne peuvent que se tourner vers le jazz).
Une musique plus structurée que le New-Orleans, pas l'impression d'un collectif improvisé qui part un peu dans tous les sens, mais un orchestre où chacun est bien à sa place, où les différentes parties sont plus limpides et l'orchestre accompagne le soliste (ou le chanteur). La trompette, instrument-roi du New-Orleans sera détronée par le saxophone (avec notamment deux saxophonistes modèles pour tous ceux qui suivront : le subtil Lester Young et le puissant Coleman Hawkins)   
Un des éléments caractéristiques du jazz fait son apparition, le jeu en walking-bass (le contrebassiste joue sur tous les temps, ce qui donne l'impression d'une basse qui "avance"...) [Petit aparté pour les musiciens : le New-Orleans, qui vient en partie des marches que jouaient les fanfares, se joue sur deux temps appuyés, dans le swing, avec la walking-bass, on appuie de manière égale les 4 temps... ce qui contribue à créer cette sensation de "swing".]
Le génie du swing : Duke Ellington (un autodidacte, qui sera pourtant le plus passionnant des jazzmen dans son jeu sur les timbres et couleurs de l'orchestre).
3 autres grands du swing : Fletcher Henderson (le premier), Count Basie et Benny Goodman.  
Un disque : Duke Ellington - The Quintessence 

Un titre : Duke Ellington - Take The A Train




3. Le be-bop (années 40)

Lassés de faire danser les blancs, révoltés par les injustices et les inégalités qui ne diminuent pas (bon nombre de familles noires voient leurs enfants mourir à la guerre pour leur pays, pays qui leur reconnaît le droit de mourir pour lui, mais pas de vivre avec les mêmes droits que les autres), le discours des noirs se radicalise... comme leur musique. Les tempos seront beaucoup plus rapides ou lents (moins de tempo modéré, plus question de faire danser la bonne société blanche), les grands orchestres sont remplacés par de petits ensembles, le jazz se joue dans des clubs (où l'on vient pour écouter, pas pour danser), on délaisse la mélodie et les thèmes agréables pour laisser la place aux solos. L'expression individuelle (le soliste, donc) est dorénavant privilégiée. 
De manière très caricaturale, on pourrait dire que le New-Orleans était une musique de fête, le Swing, une musique élaborée de danse, et le be-bop, une musique de révolte.
Harmonies très complexes, succession de solos, le be-bop est un genre de jazz assez difficile d'accès pour les novices...
Le génie du be-bop : Charlie Parker (saxophone).
2 autres grands du be-bop : Dizzy Gillespie (trompette), Thelonious Monk (pianiste, qui ne se limite pas au be-bop, un grand jazzman très original et assez inclassable).

Un titre : Charlie Parker - Koko 



4. Le Cool Jazz (première moitié des années 50)

En réaction à l'intensité et à la frénésie du bop va émerger le Cool Jazz. L'album fondateur du genre est Birth of The Cool (1949) de Miles Davis, en collaboration avec Gil Evans (arrangeur). Un style de jazz plus feutré, apaisé...  qui sera surtout joué par des blancs, de la "West Coast" (on parle aussi de West Coast Jazz)...








Un titre : Chet Baker - My Funny Valentine

Découvrez Chet Baker!



5. Le Hard-Bop
(deuxième moitié des années 50)

Le cool jazz est apparu en réaction au be-bop, le hard-bop sera une réaction au cool... sans pour autant revenir au be-bop. Un jazz "hot", intense... mais plus accessible et mélodique (influences de la soul et du rhythm'n'blues) que le be-bop. Le hard-bop est physique, terrien, loin des ambiances délicates et feutrées du cool, et plus direct et brut que le be-bop. Pas étonnant que trois de ses meilleurs représentants soient deux batteurs (Max Roach et Art Blakey) et un contrebassiste (Charles Mingus)
Un génie du genre : Mingus. On ne peut le limiter au hard-bop (il était déjà un contrebassiste reconnu dans la période be-bop), il a su dépasser ses frontières et mêler des éléments divers appartenant à toutes les époques du jazz. Mais on retrouve chez lui cette puissance très "hard-bop".
Un album : Charles Mingus - Blues and Roots

Un titre : Charles Mingus - II B.S. (une version de son célèbre Haïtian Fight Song)




6. Le Jazz Modal (années 60)

Miles Davis a initié le cool, le hard-bop (avec Walkin')... mais aussi le jazz modal, avec Kind of Blue, l'album le plus célèbre et vendu de l'histoire du jazz. Album sur lequel figure John Coltrane, le génie du genre. Le jazz modal est plus compliqué à expliquer à de non-musiciens, car pour vraiment comprendre ce qu'est un "mode", il faut connaître la théorie de la musique. Pour faire simple, on dira que les modes sont des types de gammes plutôt "exotiques", ou qui nous renvoient à des musiques d'autres cultures, ou des musiques anciennes (antiquité, moyen âge). On a généralement peu d'accords, et plus de liberté pour improviser sur des gammes/modes particuliers. Un style de jeu assez hypnotique (comme les musiques orientales et africaines), qui peut être très riche, complexe et virtuose (Coltrane). Une des meilleures illustrations qui soit : My favorite Things de Coltrane. Après l'énoncé du thème, de longues improvisations envoûtantes sur 2 accords :




7. Le Free Jazz (années 60 et 70)

Le free jazz a été inspiré notamment par Mingus et Coltrane (qui ont parfois tous deux "flirté" avec l'improvisation free), mais c'est le saxophoniste Ornette Coleman qui sera le véritable initiateur du genre, et la référence incontournable, avec en particulier l'album Free Jazz, A Collective Improvisation.







L'album en continu et en intégralité ci-dessous :  




(Bien entendu, si vous n'êtes pas familiarisé avec le jazz, vous risquez d'avoir beaucoup de mal avec le free - c'est déjà un genre difficile pour les amateurs de jazz... pas besoin de vous lancer dans les 37 minutes de l'album,quelques minutes d'écoutes suffiront pour vous donner une idée de ce qu'est le genre).
Le free a pas mal de points communs avec le be-bop : une musique de revendication, difficile d'accès, qui privilégie les petits ensembles et ne cherche pas à "plaire" mais à exprimer. 

2 autres célèbres jazzmen "free" : Albert Ayler (saxophone) et Cecil Taylor (piano).

Les dates mises entre parenthèse marquent avant tout la naissance et l'apogée du genre, il va de soi que le cool jazz, par exemple, ne s'arrête pas pile avec l'arrivée du hard-bop, mais continue à exister en parallèle... idem pour la plupart des autres types de jazz.
Le jazz ne se termine pas avec le free, bien sûr, mais depuis, il n'a pas été très convaincant... j'y reviendrai dans un prochain article. 

En bref, comme vous avez pu le constater, le jazz, ce n'est pas si difficile... il voit le jour à la Nouvelle-Orléans, c'est le style "New-Orleans", il se déplace vers Chicago et devient le style "Chicago", on passe ensuite par le swing (du jazz qui "swingue")... puis par le be-bop (vous ne voyez pas ce que signifie le terme ? normal, pour une musique assez hermétique), le cool jazz... c'est du jazz cool, qui naît avec l'album... Birth of The Cool... puis vient le hard-bop, plus intense, physique... suivi par le jazz modal qui, lui, se joue sur les modes musicaux... et le free jazz, de l'improvisation collective... dont l'album de référence est Free Jazz, A Collective Improvisation... vous ne devinerez jamais comment on a appelé la fusion jazz et rock des années 70...

Playlist jazz


Découvrez Louis Armstrong!



Les albums incontournables et emblématiques cités dans l'article, en écoute intégrale :

Louis Armstrong - Hot 5 & Hot 7 Recordings (1925-1927)
Duke Ellington - The Quintessence (vol 1., 1926-1941)
Charlie Parker - The Quintessence (N-Y - Hollywood, 1942-1947)
Miles Davis - Birth of The Cool (1949)
Charles Mingus - Blues and Roots (1959)
Miles Davis - Kind of Blue (1959)
John Coltrane - My Favorite Things (1960)
Ornette Coleman - Free Jazz, A Collective Improvisation (1960)

Pour prolonger votre découverte du genre, quelques pistes d'albums très accessibles (en particulier du jazz vocal) : 
Découvrir le jazz.
Par G.T.
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 10 2008 12:45
Specialty  -  1992 (1948-1950)




Un article un peu particulier, puisqu'il est une réponse à une des chroniques d'albums les plus débiles et consternantes qu'il m'ait été donné de lire sur le web (c'est dire). Graveyard Blues est mon album favori de John Lee Hooker... je pensais lui consacrer un article, en cette période où (allez savoir pourquoi), j'ai envie de m'attarder un peu plus sur la musique noire américaine... je tombe sur la page d'
amazon.com avec les avis des internautes et là... c'est le drame. Un stupéfiant concentré de conneries de la part d'un internaute qui a déposé 3 opinions sur ce disque (si vous voulez lire en détail, c'est ici, en bas de la page... de toute façon, je vais citer et reprendre ses erreurs...) Il ne s'agit pas simplement de l'avis subjectif d'un crétin genre "ce disk c tro d'la merde, c nulachié lol mdr", ce qui n'aurait aucun intérêt à commenter, mais d'un musicien qui argumente...

As a guitarist trained in classics, jazz, and pop standards, I find it incredible that anyone with any depth of musical knowledge can take John Lee Hooker seriously.

Voilà bien l'exemple type du musicien qui pense avoir tout compris à la musique... alors qu'il n'y comprend strictement rien. Les non-musiciens ont parfois des complexes face aux musiciens, pensant qu'ils n'ont pas la même légitimité pour parler de musique, que beaucoup de choses leur échappent... il n'y a pas de quoi. Bon nombre de musiciens ont des avis totalement biaisés sur la musique, confondent technique et musicalité, et prennent les leçons de leurs profs pour la vérité sur la musique. Leur prof les font travailler pour avoir un doigté, un son le plus "propre" et précis possible (ce qui est bien normal)... ils imaginent que la propreté du son est un critère de qualité déterminant. Plus ils avancent, plus ils travaillent sur des gammes et accords complexes... et imaginent que cette complexité est essentielle, complexité qui permettrait de distinguer les bons musiciens des mauvais. Parce qu'il a bien appris ses leçons, ses gammes, le solfège, le musicien dont il est ici question pense être en mesure de révéler (enfin!) la vérité sur ce John Lee Hooker bêtement encensé par des légions d'ignorants qui n'ont pas ses connaissances techniques... alors qu'il assène des arguments totalement à côté de la plaque...  

Over and over again on this CD, "Graveyard Blues," the listener is subjected to screeching, brash one chord idiocy totally devoid of melody, harmony and syncopation.     

Ceci ne prouve qu'une chose : il n'a pas le moindre petit début de compréhension de ce qu'est le blues. C'est à la fois théoriquement faux, et, surtout aussi stupide que de dire "le classique, c'est nul, y a pas de groove" ou "la musique tzigane n'a pas su s'adapter aux sons électros" ou encore "la musique africaine manque cruellement d'orchestre symphonique".
Car l'essence du blues, son âme, c'est justement cette sobriété, ce côté "roots", sans fioritures. Une musique qui n'est pas destinée à charmer l'auditeur avec de jolies mélodies tout plein, des orchestrations sirupeuses et des modulations raffinées, mais qui exprime à la perfection la condition de la population noire à la fin du XIX° et dans la première partie du XX°.
Elle est répétitive et "monotone" ? Tant mieux... c'est bien pour ça qu'elle est authentique. Elle retranscrit la réalité de la condition des noirs américains. Qui sortent à peine de l'esclavage, de ces tâches répétitives rythmées par les Work Songs, qui n'ont pas de véritables perspectives mais une existence misérable... et le blues, ça ne s'apprend pas dans les conservatoires, ça n'est pas la musique de privilégiés disposant des meilleures formations, d'instruments de qualité... juste de noirs miséreux qui n'ont pas de quoi se payer de cours, pas de quoi se payer un instrument potable, parfois même pas de quoi remplacer leurs vieilles cordes de guitares usées... mais tout ça ne les empêche pas de s'exprimer, et de le faire avec une justesse remarquable. Le blues, c'est une VRAIE musique populaire. Pas de la soupe pour endormir le peuple, mais une musique qui vient du peuple et manifeste sa réalité, ses frustrations, souffrances, espoirs, désespoirs... 

Chord changes are rare and , when they occur, are not remotely clean and often without regard to any semblance of tempo. Hooker's songs don't even have a discernible beat.

Là, on croit rêver... il ose donner des leçons de rythme à John Lee Hooker ? Et pourquoi pas des leçons de mélodies à Lennon/McCartney ? Des leçons d'orchestration à Wagner ou Mahler ?
Ce type a une sensibilité musicale de métronome. Car les libertés de tempo et placements rythmiques sur Graveyard Blues en particulier sont captivantes. N'importe qui ayant un minimum de sens du rythme sait faire la différence entre un musicien débutant qui n'arrive pas à bien se placer sur le rythme et un bluesman/jazzman qui joue avec le rythme et le tempo, sait se positionner toujours un peu à côté pour créer cette sensation de groove, de swing... dans le premier cas (le débutant), on a l'impression que "ça retombe", dans l'autre, au contraire, une sensation de flottement. Et, assurément, John Lee Hooker, comme tous les grands bluesmen et jazzmen, est dans cette deuxième catégorie. Son sens du groove (que ce soit dans le chant ou à la guitare) est exceptionnel. C'est bien pour cela qu'il est considéré comme un des plus grands bluesmen, si ce n'est le plus grand... Quiconque est vraiment sensible au blues ne peut être que fasciné par son "feeling". Si j'aime tant Graveyard Blues, ce n'est bien sûr pas pour les même raisons que j'aime les Beatles, je ne l'écoute pas pour y chercher des mélodies et orchestrations riches, mais plutôt ce groove qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.
C'est vrai qu'il y a pas mal de ruptures, suspensions, martèlements sur cet album... mais c'est aussi ça qui est passionnant et propre au blues, un mélange hypnotique très particulier d'intensité, de dureté et de monotonie.

The liberal rock stars who play three chords at eardrum piercing volume have somehow managed to make "legends" out of guitarists like Mr. Hooker who, at best, sounds like an unmusical juvenile who just began strumming the instrument for the first time.

Du niveau du cliché d'ignorants pour lesquels "Picasso, c'est laid, n'importe quel enfant pourrait dessiner aussi mal"... Quand on ne comprend rien à un genre, mieux vaut s'abstenir de balancer des jugements définitifs imbéciles. On ne joue pas du blues ou du rock comme on joue du classique. Les accords ne se plaquent pas de la même manière, sinon, ça donnerait du blues aseptisé, ce qui est contraire à l'esprit du blues. L'autre qui chante "Toute la musique que j'aime, elle vient du blues"... s'il y a une chose de sûre, c'est que toute la musique policée qu'il joue vient de tout (enfin, tout ce qu'il y a de pire), sauf du blues. Le "blues lisse pour chirurgien-dentiste" (expression que j'emprunte au Reverend Frost), ce n'est déjà plus vraiment du blues. Dans Graveyard Blues, au contraire, on est au coeur du blues. C'est rêche, tendu, roots, sans aucune intention de racoler ne serait-ce qu'un quart de seconde les chirurgiens-dentistes ... difficile de trouver un disque qui puisse mieux que celui-là incarner ce qu'est une "musique roots"... pas de piano, pas même de basse et batterie, juste deux guitares, la voix géniale de John Lee Hooker et un harmonica. 
(Désolé pour les quelques chirurgiens-dentistes qui aiment les musiques vraiment authentiques et roots...)

In truth, John Lee Hooker's new CD [il a été édité en 92, mais les enregistrements sont de 1948-50]
 is a waste of time and money, as well as being pretty hard on the ears of any true musician who realizes that Wes Montgomery, Django Reinhardt, and Andre Segovia are examples of genuinely talented guitarists.

Consternant... on peut parfaitement aimer les guitaristes qu'il cite et John Lee Hooker... il suffit tout simplement d'avoir un minimum d'ouverture et de ne pas chercher de manière bornée toujours la même chose dans la musique. Mais pour lui, les "vrais musiciens", ce sont sans doute des obsédés de technique incapables de voir plus loin que le bout de leur manche...

Rock and blues are the simplest, most repetitive, mind-numbing styles of guitar playing (C, F, G chords over and over and over....ad nauseum), which is the reason for their huge following among contemporary America's youth and unsophisticated listeners.  Somehow, liberals have tied together a well-intentioned desire to make up for past social and political injustices perpetrated against African Americans by positing an aesthetic and technical equivalency among all forms of art and creativity. Suddenly, every blues guitarist who ever lived is "brilliant." The truth is, nowadays, anyone who can play coarse three chord progressions on a guitar and sound constipated while vocalizing is hailed by the leftover junkies and their misguided offspring as "a great talent" or "a blues legend." 
This democratization of the arts has lowered the bar to abominable depths----including the ludicrous claims that just about anyone who ever recorded redundant, mindless Mississippi Delta blues is a "legend." 

Passons sur les présupposés idéologiques... une fois  encore, il montre qu'il n'y comprend absolument rien... s'il avait raison, il n'y aurait aucune hiérarchie, tous les musiciens blues et rock seraient également vénérés, mais ce n'est pas le cas. Le blues et le rock se basent sur d'autres éléments musicaux que l'harmonie, ce n'est pas simplement sur leurs suites d'accords qu'ils sont jugés. Tous les bluesmen du delta n'ont pas l'aura de John Lee Hooker... pour tous ceux qui ont une sensibilité qui leur permet de comprendre et ressentir l'âme du blues ; John Lee Hooker, Muddy Waters ou Robert Johnson ne sont pas équivalents à "n'importe quel bluesman".

As is the sad case with virtually everything nowadays, mediocre and just plain untalented performers are glorified because young people have no sense of history----thus, they have only the multitude of three-chord wonders of the past thirty years to use as barometers of talent and ability. 

Un de ses arguments les plus absurdes... car s'il y a bien quelqu'un qui n'a pas le sens de l'histoire, c'est lui. Le blues est une musique "historique" bien plus passionnante et légitime de ce point de vue que toutes les chansons "raffinées" de
Tin Pan Alley ou des comédies musicales à succès de Broadway dans la première partie du XX° siècle. De plus, lui qui oppose bêtement la virtuosité et la technique du jazz à la simplicité du blues devrait savoir que le jazz doit énormément au blues, et que les plus grands génies du jazz, les Charlie Parker, Coltrane ou Mingus n'ont cessé de revendiquer leur passion pour le blues, source d'inspiration majeure pour leur musique. Sans parler de Kind Of Blue de Miles Davis, pourtant l'exemple-même du chef-d'oeuvre jazz subtil, feutré, sophistiqué...     
 
Those who worship at the alters of conspicuously limited guitarists like John Lee Hooker and Robert Johnson haven't a clue as to the true meaning of musicality.  

Là, on touche le fond. La plus grosse connerie qui ait jamais été écrite sur John Lee Hooker et Robert Johnson. C'est comme si je disais "ceux qui se prosternent devant les Stooges, Stones et Sex Pistols n'ont rien compris au rock".
C'est toujours étonnant, ces gens (sur le net et ailleurs) qui donnent des leçons sur des sujets auxquels ils ne comprennent absolument rien. Car le vrai sens de "musicalité", ce n'est sûrement pas la virtuosité technique, mais le "feeling"... ce n'est pas de jouer 20 notes à la seconde, mais d'être capable, à partir de 2-3 notes, de faire passer quelque chose d'intéressant. Il y a des milliers de guitaristes et chanteurs disposant d'une technique irréprochable... dont tout le monde se fout et qui ne pourront jamais rivaliser avec John Lee Hooker ou Robert Johnson. Parce que chez ces deux là il y a, justement, une musicalité exceptionnelle. Ils font du blues, et cela mieux que quiconque.
Contrairement à ce que lui pense (et si je le relaie, c'est aussi parce qu'il est loin d'être le seul musicien à avoir une conception aussi ridicule de la musique), il est bien plus facile de devenir un excellent guitariste de studio qu'un John Lee Hooker ou un Robert Johnson. Dans un cas, suffit juste de travail et de persévérance, dans l'autre, faut être un véritable artiste. Quand on écoute John Lee Hooker, ce n'est pas le "produit d'une bonne école de musique" qu'on entend... ce n'est pas un musicien lambda qui récite sagement ses gammes, mais une histoire, un peuple, un individu qui s'expriment par la voix et le jeu d'un artiste hors du commun.
John Lee Hooker ne doit pas l'admiration qu'il a suscité et suscite toujours à une belle gueule, un look tendance, des ados qui aimeraient lui ressembler, des clips spectaculaires, des grands concerts pyrotechniques, un effet de mode, une omniprésence dans les pages people etc, etc... non, il ne la doit qu'à son talent.

Un dernier mot, puisque c'est d'actualité, sur la loi Hadopi adoptée... tous ces gens qu'on entend de nouveau nous bassiner avec "le téléchargement, c'est la mort des artistes et de la musique"... voilà de quoi faire se retourner dans leurs tombes les vieux bluesmen. Qui n'ont pas eu besoin de majors pour créer le blues et s'exprimer à travers lui. Alors que les majors ont bien su les exploiter, profiter de leur méconnaissance des contrats et s'enrichir sur leur dos. Les majors peuvent toujours disparaître, mais tant qu'un type, avec une guitare, sentira la profonde nécessité de s'exprimer, la musique a encore de très beaux (et longs) jours devant elle.

Enfin... ce Graveyard Blues n'est peut-être pas l'album le plus abordable pour un "novice", ce serait comme s'initier au rock avec Fun House (très bon choix, certes, mais pas le plus accessible).
Deux excellents albums de John Lee Hooker un peu plus abordables, tous les deux sont de 1960 et sont en écoute sur deezer :
John Lee Hooker - Travelin'
John Lee Hooker - That's my Story 
(Avec la section rythmique de Cannonball Adderley - Sam Jones à la basse, Louis Hayes à la batterie - sur That's my story, le blues peut être subtil sans être de la musique lisse pour chirurgien-dentiste)

Quant à Graveyard Blues... il est en écoute intégrale sur deezer :


Découvrez 1085440,



Si vous aimez John Lee Hooker, peu de risque d'être en manque, 69 de ses albums sont sur deezer (beaucoup de compilations, c'est vrai, et pas tous ses albums... mais c'est déjà pas mal). 

Un excellent site de référence sur John Lee Hooker :
Telia


John Lee Hooker (1917-2001) - Graveyard Blues

John Lee Hooker (vocals, guitar), Andrew Dunham (guitar), Eddie Burns (harmonica).


1. War Is over (Goodbye California)
2. Henry's Swing Club
3. Alberta - John Lee Hooker, Besman, Bernard
4. Hastings Street Boogie
5. Build Myself a Cave - John Lee Hooker, Besman, Bernard
6. Mamma Poppa Boogie
7. Graveyard Blues
8. Burning Hell
9. Sailing Blues
10. Black Cat Blues
11. Miss Sadie Mae
12. Canal Street Blues
13. Huckle up Baby
14. Goin' Down Highway 51
15. Sail On, Little Girl, Sail On - John Lee Hooker, Easton, Amos
16. Alberta, Pt. 2
17. My Baby's Got Something
18. Boogie Chillen, No. 2
19. 21 Boogie
20. Rollin' Blues
Par G.T.
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Lundi 26 novembre 2007 1 26 11 2007 12:44

Un lecteur m'a envoyé un mail pour avoir mon avis sur des albums qui permettraient de faire aimer le jazz à sa copine. Non pas que lui n'y connaisse rien, bien au contraire, c'est un fana de jazz assez pointu, mais il est jeune (20 ans), et ne connait pas tant que ça d'albums jazz accessibles à de "non-initiés". Le problème... c'est aussi que sa copine n'aime pas l'avant-garde, l'expérimentation, et a un peu de mal avec les cuivres. J'ai décidé d'en faire un article, car je pense que beaucoup sont dans ce cas. Beaucoup ont entendu quelques titres de jazz, avec des types qui soufflent comme des malades dans leurs saxophones et trompettes de longs solos très denses, sur des grilles qui tournent en boucle... on comprend que bon nombre de gens décrochent et se disent "le jazz, j'y comprends rien, c'est pas pour moi". 
Si vous êtes dans un cas similaire, cet article vous donnera quelques "clés" pour rentrer en douceur dans l'univers du jazz. Et si vous êtes un grand amateur de jazz... j'attends aussi vos avis et vos propositions.

Je vais commencer... par un constat d'échec. J'ai cherché longuement l'album de jazz idéal pour "novices", je ne l'ai pas trouvé. L'album idéal aurait été celui d'une grande chanteuse interprétant des standards irrésistibles du jazz. Aussi étrange que cela puisse paraître, je n'en ai pas vu. Même pas dans les best-of. Certes, il y en a qui comportent beaucoup de morceaux imparables, mais je n'en connais pas dont chaque titre ou presque serait un "irrésistible standard". Il faudrait qu'il y ait :

Take the "A" Train
Caravan
In a Sentimental mood
It don't mean a thing (if it ain't got that swing)
Love for sale
All of Me
The Man I love
Summertime
My favorite things
Lullaby of Birdland
Night in Tunisia
All the things you are
Bei mir bist du schön
My heart belongs to daddy
My funny valentine
Afro-blue
Night and day  

Ou au moins 10 parmi celles-là. J'en entends déjà certains me dire :

1. Les best-of... bof
2. Plusieurs de ces titres ne sont pas de vrais morceaux de jazz...

Alors :

1. Quand on est passionné de rock, on a tendance à fuir comme la peste les best-of, car l'album est le travail d'un artiste, il est composé avec un souci de cohérence, là où le best-of n'est qu'une opération commerciale. Le cas du jazz est différent. Le jazz est plus ancien, il date d'avant le "33 tours", et il se conçoit plus par "morceaux" ou chansons. Du moins, le jazz "classique". Depuis les années 50-60, les jazzmen se sont aussi mis à penser leurs créations sous forme d'albums. Donc... pour ce qui concerne la période "swing", les standards, un best-of est parfaitement adapté.

2. A ses débuts, le jazz a beaucoup pioché dans le répertoire de la chanson, les comédies-musicales, les ballades sentimentales. Mais le jazz, c'est avant tout une manière de jouer. Sous les doigts des jazzmen, certains standards de la chanson américaine populaire sont devenus de vrais morceaux de jazz, et ont perdu leur côté un peu mielleux pour "swinguer".

Donc, pour avoir un "disque de jazz idéal pour s'initier", il faut piocher à droite à gauche et se concocter son propre best-of. Bien entendu, il est totalement hors-de-question d'utiliser le peer to peer, les mp3-blogs et toutes ces saloperies, le rapport Olivennes et la politique à venir de durcissement de notre gouvernement éclairé contre les voleurs de musique et les pilleurs d'artistes nous le rappelle avec force. Non, il faut acheter une bonne vingtaine de disques de jazz, au minimum, car on ne peut pas savoir à l'avance si telle interprétation de tel standard sur tel disque nous plaira vraiment, et après, faire sa propre compilation. Certaines mauvaises langues diront qu'en utilisant le p2p on pourrait ainsi se faire une bonne compilation, s'initier tranquillement au genre, puis après acheter des albums et devenir un amateur de jazz. On leur répliquera qu'il existe ce formidable outil qu'est le téléchargement légal, où l'on paye pour écouter des titres qu'on paiera à nouveau s'ils nous plaisent en achetant l'album pour avoir 'l'objet" ainsi qu'une meilleure qualité sonore. Entre "payer deux fois" et ne "pas payer/ou ne payer qu'une fois si l'album leur a vraiment plu", on se demande bien pourquoi les internautes ne préfèrent pas la première solution... 

Bref... j'ai aussi concocté une petite playlist via deezer- profitez-en, tant que c'est encore permis - (voir la fin de l'article) il n'y a pas tous les titres que je souhaitais, toutes les interprétations ne sont pas les meilleures, j'ai fait ce que j'ai pu avec ce que j'ai trouvé sur deezer (les titres que j'ai voulu importer de mes albums ne fonctionnent pas)... mais je pense qu'elle est tout de même une porte d'entrée agréable et séduisante pour se familiariser au jazz. 

S'il n'existe pas d'album de jazz vocal idéal, il y en a un qui s'en rapproche :

Ella Fitzgerald - The Very best of the Duke Ellington Songbook 

Fitzgerald---ellington.jpg La chanteuse la plus accessible qui interprète des standards du plus grand compositeur de l'histoire du jazz, c'est tout de même pas négligeable. On y trouve Take the "A" Train - Solitude - It don't mean a thing (if it ain't got that swing) - In a Sentimental Mood - Caravan - Mood Indigo... le seul petit "défaut", c'est que les ballades dominent, comme dans la plupart des disques de jazz où figurent le plus de standards. Ce n'est évidemment pas un "défaut" en soi, mais pas toujours facile de commencer à s'intéresser au jazz en écoutant des ballades souvent très lentes (surtout quand on est jeune).

C'est aussi pour cette raison que je n'ai pas parlé en premier lieu de Billie Holiday. Pourtant... je l'adore, sa voix est incomparable, et dire qu'elle est la plus grande chanteuse de jazz - voire la plus grande chanteuse tout court du XX° siècle - n'est pas faire injure à ses "concurrentes". Mais voilà, elle cumule deux petits handicaps pour des débutants. Elle a surtout chanté des ballades, et elle a un timbre et une façon de chanter très personnels. Les deux autres "divas du jazz", Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan, sont plus accessibles, leurs voix sont superbes et "classiques". Celle de Billie Holiday est bien plus originale (et envoûtante !), même si elle a été pas mal copiée depuis. De toute façon, il faut l'écouter (j'ai mis plusieurs de ses chansons dans le lecteur deezer), on peut en tomber éperdument amoureux instantanément... Et qui n'a pas au moins un best-of de Billie Holiday dans sa discothèque avec Summertime, The Man I love, All of me, Strange Fruit... n'a pas de discothèque.

Pour terminer avec les chanteuses de jazz, un disque qui n'est pas un "grand classique", mais un disque particulièrement agréable, entraînant et accessible... il serait dommage de priver ses oreilles d'un tel plaisir :

Dee-Dee Bridgewater - Love and Peace (A tribute to Horace Silver)

bridgewater-silver.jpg Des mélodies accrcocheuses, un disque rythmé - avec des rythmes afro-cubains, souvent plus accessibles pour les non-initiés - une bonne manière de rentrer dans le jazz. J'ai d'ailleurs mis Song for my father tiré de cet album en tête de ma playlist. Morceau irrésistible s'il en est, on ne saurait aussi trop recommander l'album du même nom, instrumental, lui, par Horace Silver :

Horace Silver - Song for my father

 

Un dernier très beau disque de jazz vocal, mais cette fois-ci, un chanteur... enfin, un trompettiste qui ne chante pas sur tous ses albums, mais quand il chante, c'est irrésisitible :

Chet Baker - Embraceable You 

chet-embraceable-copie-1.jpg  Sa sublime version de My Funny Valentine est dans ma playlist...












Miles Davis - Kind of Blue

Le "cool-jazz", initié par Miles Davis et auquel se rattache Chet Baker est un des genres de jazz les mieux adaptés pour les débutants. Ils n'ont pas l'impression d'être pris dans un tourbillon de notes jouées avec beaucoup d'expressivité, mais peuvent se laisser emporter par les ambiances, le raffinement... Un disque absolument indispensable (et là encore, s'il n'est pas dans votre discothèque, c'est que vous n'avez pas de discothèque...), et le plus célèbre des albums de jazz.







Duke Ellington - Money Jungle 

ellington-money-jungle.jpg Si on désire vraiment éviter les cuivres, on peut se tourner vers l'excellent Money Jungle d'un des trios les plus exceptionnels qu'on puisse imaginer : Ellington au Piano, Mingus à la contrebasse, et Roach à la batterie. Rien que ça. 







Les "allergiques" aux cuivres peuvent s'orienter vers les albums de pianistes, comme le très beau et très fin You must Believe in Spring de Bill Evans. Pas l'album idéal pour faire une fête d'enfer, mais un album vraiment remarquable.

Plus récent :

Brad Mehldau - Elegiac Cycle

Brad-Mehldau---Elegiac-Cycle.jpg
Est-ce encore vraiment du jazz ? On peut en discuter, tant on semble être plus proche de Chopin que de Charlie Parker. Mais l'important, c'est que l'album est très bon, très mélancolique, subtil. Une bonne manière d'entrer dans le jazz pour des amateurs de classique... ou de Radiohead. Car s'il n'y a pas de reprises de Radiohead dans Elegiac Cycle, Mehldau en a fait plusieurs par ailleurs (dont Exit Music, dans le lecteur deezer), et sa sensibilité n'est pas sans évoquer celle de Radiohead. Pas si fréquent de trouver un jazzman avouant sa fascination pour un groupe de rock... mais bon, ce n'est pas n'importe quel groupe de rock non plus.

Dans un genre assez proche, le trio E.S.T. est plutôt recommandable, notamment l'album A Strange place for snow


Il y a de nombreuses manières d'arriver à "intégrer" le monde du jazz. Tout dépend aussi d'où l'on vient. Un amateur de rock brut, rageur et tendu ferait mieux de s'intéresser d'abord à Mingus ou Coltrane qu'à Mehldau ou Bill Evans...
Deux albums dont j'ai déjà parlé qui me semblent plus accessibles aux amateurs de rock :

Charles Mingus - Blues and Roots

Max Roach - We Insist !

Parfois, il faut y aller par étapes. Passer, par exemple, de la pop anglaise au jazz est un peu brusque. Arriver à saisir ce sens du swing propre au jazz peut demander de faire un détour par des musiques noires plus "faciles" : blues, soul, funk, gospel, rap.
Il existe aussi quelques artistes de jazz qui arrivent à être plus "proches" des musiques pop et rock sans pour autant vendre leur âme. C'est le cas de la remarquable chanteuse de jazz Patricia Barber, une des plus estimées de l'époque.

Patricia Barber - Verse

patricia-barber-verse.jpg

Ecouter quelques extraits de Patricia Barber sur Myspace.






Les musiques latines sont généralement plus faciles d'accès que le jazz "pur", si tant est que la "pureté" ait un sens en jazz. Et plusieurs jazzmen ont réussi des crossovers intéressants : Gillespie avec la musique cubaine, Stan Getz avec la bossa, Horace Silver dont j'ai parlé ci-dessus. 
Le jazz-rock et le jazz-funk n'ont pas donné que de bonnes choses... mais il y a tout de même l'excellent Bitches Brew de Miles Davis, qui a sûrement permis à beaucoup de fans de rock et funk 70's de commencer à s'intéresser au jazz... Enfin, il y a l'électro-jazz, avec Nils Peter Molvaer, Bugge Wesseltoft ou Erik Truffaz (voire Amon Tobin, sur Bricolage, notamment). Plus accrocheur et grand public, Tourist de St Germain, qui a eu un certain succès il y a quelques années. Maintenant, si vous avez d'autres propositions de jazzmen ou d'albums, n'hésitez pas à m'en faire part !

Playlist (essentiellement des "chansons", quelques instrumentaux à la fin) :

    
   

free music


1.         Dee-Dee Bridgewater
2-6       Billie Holiday
7-11     Ella Fitzgerald
12-13   Nat King Cole
14         Chet Baker
15-16    Sarah Vaughan
17         Shirley Horn
18         Lisa Ekdahl
19         Dinah Washington
20         Patricia Barber
21         Bei mir bist du Schoen 
22         Louis Armstrong
23         Peggy Lee
24         Louis Prima
25-26   Charlie Parker
27         Horace Silver
28         Count Basie
29         Brad Mehldau
30-31   Monk
32-33   Mingus    
 

Par G.T.
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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 09 2007 21:52

Comme vous avez pu le constater, je n'ai que peu de temps pour actualiser mon blog ces temps-ci. Donc... plutôt que de m'étendre dans un long article, je vais laisser parler la musique. Et pas n'importe laquelle, celle qui échappe aux mots et dont les qualificatifs les plus enthousiastes restent encore très en-deça du génie qui la traverse.

Certes, ça dure 20 minutes, mais celui qui n'a pas entendu ça n'a rien entendu. Et il ne faut surtout pas se contenter d'une écoute rapide. Rien à voir avec de la chansonnette, on n'est pas fixé sur l'oeuvre au bout d'une minute, il faut s'y plonger pour arriver aux sommets qu'elle atteint sur la fin. Après les premiers solos de Coltrane et de McCoy Tyner (long solo de piano), la musique se densifie dans toute la 2° partie, l'intensité et la tension deviennent exceptionnelles (le mot est faible) et Coltrane livre un de ses solos d'extra-terrestre. Le terme "solo" semble finalement assez peu approprié, tant l'alchimie entre les 4 est remarquable et indispensable pour mener l'auditeur aussi haut. 

Hendrix est le plus grand guitariste de l'histoire du rock... mais, malgré toute l'estime qu'on lui doit, force est de constater qu'avec Coltrane - inventeur et maître incontesté des impros "transcendantales" qui ont ensuite inspiré Hendrix - on est dans une autre dimension...   

Des milliers de vidéos existent sur Youtube, Dailymotion & co. Mais des vidéos où s'exprime un tel génie, il y en a finalement qu'une toute petite poignée. Alors celle-ci vaut bien qu'on lui accorde 20 minutes... 

John Coltrane - My favorite things (live 1965)

John Coltrane - Soprano Sax
McCoy Tyner - Piano
Jimmy Garrison - Bass
Elvin Jones - Drums


     


John Coltrane - My Favorite Things 1965

Pour la voir en plus grand - ce qui est fortement recommandé - suffit d'aller directement sur dailymotion, ici.
Par G.T.
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