Personne n'a jamais incarné le rock aussi bien que Jim Morrison. Un peu grandiloquent, j'en conviens, comme entrée en matière... mais c'est à la (dé)mesure de Morrison. Car, au fond,
c'est quoi le rock... un truc sauvage, sexy, arrogant, rageur, jubilatoire, urgent, romantique, cool, provocateur, ironique, rebelle, charismatique, foutraque et insoumis (oui oui,
c'est tout ça). La plupart des stars du rock ont su incarner quelques-unes de ces caractéristiques... mais Morrison, lui, les a toutes portées au plus haut.
Il a ringardisé ceux qui le précédaient ; à côté de lui, Elvis a l'air d'un boy-scout, Dylan d'un intello timide, Jagger d'un bouffon, Lennon d'un compositeur de bluettes devenu
gentil baba-cool... ce qu'ils étaient déjà en partie, mais c'est encore plus criant quand on les compare à Morrison.
Il est allé si loin que personne, après lui ou à son époque, n'a pu prétendre rivaliser sans souffrir la comparaison. Face à Morrison, il manque quelque chose à tous les autres :
Joplin et Hendrix étaient aussi habités que Morrison, mais ils n'avaient pas son arrogance charismatique et rock'n'roll.
Syd Barrett n'était pas aussi sauvage. Un danger pour lui, pas pour les autres, là où Morrison était les deux.
Lou Reed... il a comme Morrison cette ironie et ce côté "poète maudit"... mais sans l'énergie.
Bowie... trop élégant, délicat et raffiné. On peut facilement s'imaginer converser avec Bowie autour d'une tasse de thé...
Alice Cooper et Marilyn Manson... ils peuvent en faire des tonnes dans les décors et maquillages de films d'horreurs de séries Z,
ils ont toujours l'air moins dangereux et imprévisibles que Morrison..
Iggy Pop... il aurait bien aimé être un nouveau Morrison... mais suffit pas de se défoncer et d'exhiber son engin sur scène pour y
arriver...
Freddie Mercury ? Soyons sérieux...
Springsteen... trop sage...
Johnny Rotten... sauvage et rageur, certes, mais un peu trop bourrin et crétin. Et Morrison était nihiliste avant les punks.
Ian Curtis... -c'est qui, Ian Curtis ?
-Le chanteur de Joy Division...
-Joy quoi ?
Lemmy... cf Johnny Rotten, en plus graisseux.
Robert Smith... trop british et bien élevé, malgré ses approximations capillaires et son maquillage qui ne trompent
personne.
Bono... soyons sérieux...
Morrissey... cf. Bowie.
Sting... cf. Bono.
Axl Rose... cf. Lemmy, mais encore un degré au-dessus dans la crétinerie.
Nick Cave... sombre, poète, habité, rock'n'roll... il y a du Morrison chez Nick Cave... mais Morrison était déjà tout ça bien avant, en beaucoup
plus sexy...
PJ Harvey... trop sérieuse, pas assez dangereuse. Même quand elle gueule, on a envie de la prendre dans ses bras.
Trent Reznor... on a connu plus cool et sexy...
Kurt Cobain... trop pleurnichard et déprimé.
Thom Yorke... il faudrait vraiment qu'il n'y ait que lui et McCartney pour qu'on le trouve rock'n'roll. Et encore, c'est pas
gagné...
Pete Doherty... il voudrait bien être le nouveau Jim Morrison, il tente de faire tout pareil : provoc, drogues, poésie... mais 40 ans
après, en moins extrême, à une époque beaucoup plus permissive, et sans la virile rugosité du blues. Bref, un Morrison ultra-light et gentillet.
Pour le titre de "figure emblématique du rock", y a pas photo, Morrison est vainqueur par K.O. Bon, il est vrai qu'Elvis a de sérieux arguments, c'est un mythe qui n'a rien à envier à
Morrison... Seulement, il lui manque tout de même ce côté insoumis, dangereux, barré, sans lequel le rock n'aurait pas survécu. Morrison c'est, pour aller vite, le cerveau de Dylan dans le
corps d'Elvis. Cynique, poète et arrogant comme Dylan... sexy, rock'n'roll, charismatique et beau comme Elvis. En plus chaotique et révolté qu'Elvis et Dylan, deux de ses
modèles.
Cependant, il n'y en a pas tant que ça qui se réclament ouvertement de Morrison. Lorsqu'on est passionné de rock - et donc toujours un peu snob - c'est une figure trop "évidente". Mieux vaut être
fana du bassiste d'un obscur groupe cold-wave fin 70's...
Je n'aimais pas Morrison. Lorsque le film d'Oliver Stone est sorti, j'écoutais les Doors depuis peu. Et, en bon fana de rock qui se respecte, tout le foin autour de Morrison à cette époque,
les filles qui en étaient folles, la médiatisation excessive, tout ça ne pouvait m'inspirer que du rejet. Même pas allé voir le film sur le moment (enfin, je crois, ça remonte à
loin)... J'aimais la musique du groupe, mais pas Morrison, que je voyais comme un poseur, une rock-star superficielle qui aurait lu 2-3 trucs de Baudelaire et Rimbaud et se prenait
pour un poète. Baudelaire, je le vénérais depuis longtemps, et le voir brandi par un rockeur "sex-symbol", ça m'irritait au plus haut point. Mais j'avais tout faux... Car plus j'écoutais les
Doors, plus je m'intéressais au groupe, plus je découvrais un Morrison à mille lieux des clichés, un Morrison d'une complexité insoupçonnée. C'est bien simple... sa
personnalité est si tortueuse, que chaque fois qu'on croit le saisir et le réduire, il apporte de quoi vous démentir et vous échappe. Sinueux comme un serpent... pas étonnant qu'il ait
toujours témoigné de cette fascination pour les reptiles. On l'a surnommé le "Roi Lézard", mais "Crawling King Snake" serait plus pertinent (du nom de cette chanson de John Lee Hooker
qu'adorait Morrison et que les Doors ont repris sur L.A. Woman). Jeune, il a habité un petit moment chez ses grands-parents (des fondamentalistes...), et sa grand-mère a dit de lui
: "Il haïssait le conformisme, il trouvait un point de vue étrange sur tout. Il essayait de nous choquer. Il adorait ça. Il nous disait des choses dont il savait qu'elles nous dérangeraient.
C'est simple, nous ne le comprenions pas, ni l'un ni l'autre. Il avait des facettes différentes, Jimmy. On en voyait une, on en apercevait une autre, on ne savait jamais ce qu'il pensait."
*
Un poseur ?
Certes... mais pas comme n'importe quelle star débile du rock. Fils aîné d'un militaire, venant d'une famille où l'on ne plaisante pas avec la morale et les bonnes manières,
il a toujours pris un malin plaisir, depuis sa plus tendre enfance, à provoquer et agacer. Et, surtout, c'est un des types les plus cultivés de l'histoire du rock (j'y reviendrai), ne voir
en lui qu'un poseur, c'est comme ne voir en Bowie qu'un type qui aime bien le maquillage et les déguisements. Grand amateur d'Oscar Wilde, il connaissait cette citation du Portrait de
Dorian Gray, qui lui va comme un gant : «Etre naturel est aussi une pose, et la plus irritante que je connaisse.»
Un chanteur romantique, poète et sensible ?
Mouais... il était grossier, cynique, manipulateur, macho, parfois homophobe (il détestait les homos qui tournaient autour de sa compagne pour essayer de le
rencontrer), aimait les bars mal famés, se bourrait la gueule en balançant des obscénités, et la musique qu'il préférait, c'était le blues bien rugueux...
Un hippie illuminé ?
Il est toujours drôle de constater que bon nombre de hippies ont pris Morrison comme référence ultime, modèle absolu... certes, il était cool, débraillé, défoncé, libertaire,
contestait toute forme d'autorité... mais, quand on y regarde de plus près, il était le contraire d'un hippie. Le Flower Power, très peu pour lui. La vie en communauté
dans une douce béatitude ou tout le monde s'aime, se respecte, vit en harmonie (enfin, essaye...) il n'aurait pas tenu une seconde. Comme il le disait
: " Rien ne m'intéresse en dehors de la révolte, du désordre, du chaos... "
Morrison était un individualiste, un provocateur, un manipulateur... Un érudit, qui dévorait livres sur livres, qui accordait la plus haute importance à la culture, qui ne croyait
absolument pas en l'égalitarisme... un élitiste, dont la plus grande influence est... Nietzsche.
Morrison était plus un punk avant l'heure qu'un hippie. Ce n'était pas de construire un monde nouveau qui l'intéressait, c'était juste détruire l'ancien.
Kim Fowley disait des Doors : "C'était le premier groupe diabolique, tout comme les Beatles étaient le premier groupe aux cheveux longs".
Il raconte ainsi la première fois où il a entendu les Doors, alors que ceux-ci n'avaient pas encore sorti le moindre album :
"La première
fois que je les ai vus, c'était chez Ciro en 1966. [...] Je suis arrivé chez Ciro avant le début du concert et les musiciens étaient sur scène, en train de se préparer. Un chahuteur a
commencé à hurler au groupe "Vous êtes horribles. Vous ne savez pas jouer. Vous êtes de la merde. Vous ne savez pas boire, vous ne savez pas penser, vous ne savez pas vous battre, vous ne savez
pas baiser." Il était sale et il avait l'air dangereux. Les musiciens avaient l'air nerveux et ont commencé à jouer... et ce type sauta sur scène et commença à chanter. C'était Morrison, qui
venait d'insulter ses propres musiciens. C'est un des meilleurs trucs que j'ai vu dans un club. Pas d'introduction, juste le chanteur qui interpellait les musiciens et puis la musique. Je me suis
dit "Bon sang, ces types-là vout être intéressants"
Un sale type égocentrique, prétentieux et tyrannique ?
En partie... on pourrait le penser à la lecture de l'anecdote précédente. Pourtant, contrairement à tant de stars égocentriques du rock, il a toujours montré le plus
grand respect pour les autres membres du groupe. A ses débuts, on lui propose en douce un contrat en or, lui expliquant qu'il n'a pas besoin des autres, que ce qui intéresse les
gens, ce n'est pas les Doors, c'est Jim Morrison... il répond avec cette ironie caractéristique (en gros, je cite de mémoire... enfin, j'étais pas là, hein, mais j'ai lu ça dans des
bouquins) : "nous sommes un groupe démocratique, aucune décision importante n'est prise sans qu'elle soit soumise au vote... vous voulez qu'on aille voir les autres savoir ce qu'ils en
pensent ?"
Morrison, à la personnalité si écrasante, aimant manipuler les foules et les médias, aurait très bien pu devenir un vrai tyran au sein des Doors... il n'en a rien été, les
décisions ont toujours été prises en commun, non pas à la majorité, mais à l'unanimité, sans que Morrison prenne les autres de haut.
Bien entendu, comme dans tout groupe, il y a eu des tensions, divergences... Morrison a enragé quand les autres ont accepté de vendre la mélodie de Light my Fire pour une
pub. Morrison, perdu dans les excès et la débauche, montant sur scène (quand il y venait !) juste pour insulter le public ou raconter des conneries, ça n'était bien entendu pas du goût
de Krieger, Manzarek et Densmore... qui ont dû en avaler, des couleuvres, avec un chanteur aussi incontrôlable. Mais, au fond, il y avait un respect sincère entre les
quatre.
Un sex-symbol, jouisseur invétéré, instinctif et animal ?
Morrison en fin de compte était... un intellectuel. Un Q.I. assez exceptionnel (149), un élève brillant (mais très indiscipliné) et, surtout (on peut avoir un gros Q.I. et ne pas s'en
servir), un type extrêmement cultivé, passionné par la philosophie, l'art, la littérature, la psychanalyse, l'histoire, l'ésotérisme... Les cours de philosophie, comme l'ont raconté les
étudiants de sa promotion, se limitaient à des discussions érudites entre le prof et Morrison, que personne d'autre n'arrivait à suivre. Ce qu'a fait Morrison sur scène, provoquant la
foule, l'amenant où il le voulait, ce n'est en fait... qu'une application de son mémoire universitaire, sur les "névroses sociales" et la psychologie des masses. Déjà, à l'université, il aimait
faire ce type d'expériences. A ses camarades, il prétendait avec arrogance être capable de manipuler les foules, de les conduire à tel type d'émotion collective... Le rock et la scène lui
ont permis d'aller plus loin dans ce qui était un de ses jeux favoris, personne ne savait comme lui, par sa gestuelle, son chant incantatoire, ses mots, mener une foule à l'hystérie, ou l'apaiser
subitement s'il trouvait que ça dégénérait trop.
Ce n'était ni pour l'argent, ni pour la gloire que Morrison aimait manipuler les foules... c'est parce qu'il avait ce sentiment de supériorité très "nietzschéen", il savait qu'il était un
"leader-né", il était fasciné par le chaos et comme une sorte de "savant fou", il considérait ses congénères et la société en général comme un terrain d'expérience ludique. C'était déjà le
cas dans son enfance, lorsqu'il allait jusqu'à mettre la vie de son frère en danger en le poussant à prendre tous les risques... ou provoquant constamment ses camarades, son entourage,
pour après noter dans un petit cahier leurs réactions, comme un entomologiste.
Une des anecdotes, à mon sens, les plus éclairantes sur Jim Morrison, est un autre de ses jeux favoris, à l'université :
Quand des amis venaient dans sa chambre, il les mettait au défi : "Vas-y, prend un livre, n'importe lequel [...] ouvre-le au début d'un chapitre et commence à lire. Je ferme les yeux et je te
dis quel est le livre et qui est l'auteur."Jim balayait d'un geste les centaines et les centaines de livres qui couvraient les meubles et s'empilaient partout contre les murs. Jamais il ne s'est
trompé ! *
On a ici en même temps son arrogance, la frime... mais aussi, un profond amour des livres, de la culture et du savoir. Car pour être capable de cela, faut pas être un dilettante, un type qui
lit sans grande passion, juste pour avoir une vague "culture". Non, faut, comme Morrison, avoir un rapport "viscéral" à la culture et à la littérature, lire avec la plus
grande attention et curiosité.
Baudelaire, Rimbaud... ça ne nous semble pas si original, en France, comme référence... mais pour un américain des années 50-60, ça l'était. D'obscurs livres esotériques à de
grands textes philosophiques, des poètes les plus anciens (il était fasciné par la Rome antique et le Moyen Age) aux écrivains les plus modernes, il a passé moins de temps,
dans sa jeunesse, à courir les filles que les livres. Enfant, alors qu'il traînait toujours avec la même chemise et que sa mère lui file 5 dollars pour s'en acheter une neuve... il en prend une à
25 cents à l'armée du salut, et court se payer des livres avec le reste.
La vie de Morrison, jeune, c'était celle du fils aîné d'une famille de militaires tout ce qu'il y a de plus wasp et stricte, qui passe son temps plongé dans les bouquins.
Ceux qui s'intéressent à la poésie de Morrison sans bien connaître le personnage ont de quoi être dérouté. On imagine, en se fiant à son image de rockeur sauvage, habité, cool et sexy, que
sa poésie relève de celle de la beat generation, de l'écriture automatique, de textes fumeux avec quelques fulgurances balancées sur le papier sous l'effet de champignons hallucinogènes...
mais elle en est le plus souvent très loin. Morrison a avoué lui-même n'avoir jamais su se lancer dans l'écriture automatique. Il aimait le travail sur la langue, les mots, les
sonorités (Joyce était un de ses écrivains favoris). Ses poèmes sont ultra-référencés, avec des allusions constantes à des textes et poèmes qui lui plaisaient... rien d'étonnant,
en fait, de la part d'un type qui choisit le nom de son groupe en référence à Huxley faisant lui-même référence à William Blake (une autre des grandes influences de Morrison) et dont on peut
trouver, sur le premier album, la reprise d'un titre de Brecht et Kurt Weill (tout de même pas commun pour un groupe de rock américain des 60's), la référence au Voyage au Bout de la
Nuit de Céline sur End of the Night... celle à Nietzsche sur The End (on pense souvent que cette allusion au mythe d'Oedipe lui a été inspiré par Freud,
qu'il avait beaucoup lu, mais c'est la Naissance de la Tragédie de Nietzsche - où celui-ci expose sa théorie de l'art apollinien et dyonisiaque - qui l'a ici inspiré).
Morrison - Nietzsche... même combat !
Lorsqu'il a découvert Elvis, Morrison, comme beaucoup des gamins des années 50, a été profondément marqué, il sentait qu'une nouvelle ère s'ouvrait, une ère qui semblait
particulièrement excitante... mais Elvis, dont il a pourtant toujours été un grand fan n'était sûrement pas son influence majeure. Morrison doit beaucoup moins à Elvis... qu'à
Nietzsche.
Il a trouvé en Nietzsche un "esprit frère", un homme dont la philosophie rejoint ce qu'il n'a cessé de faire toute sa vie durant : renverser les valeurs, déconstruire la morale,
remettre en cause tout ce qui est considéré comme "normal", convenable, juste ou "bon".
L'un, Nietzsche, est fils de pasteur, l'autre, Morrison, est fils de militaire... tous deux ont eu une éducation très austère, stricte, morale... mais tous deux étaient trop
intelligents et critiques pour accepter les injonctions de leurs milieux. Ils ont déconstruit et remis en question tout de leur éducation, leur conditionnement, en allant le plus
loin possible dans cette voie opposée. Les valeurs morales chrétiennes - même les plus universalistes acceptées par les athées - personnne ne les a contestées et attaquées autant
que Nietzsche. Les valeurs de la société blanche et wasp dominante, Morrison s'est appliqué à toutes les renverser. Rares sont ceux qui ont osé aller si loin dans leur révolte
que Nietzsche et Morrison... qui ont aussi en commun de ne pas vivre cette révolte dans le ressentiment. Ce ne sont pas, comme tant d'autres, des romantiques qui expriment
avec le plus grand pathos la douleur de ce poids du monde qu'ils tiennent sur leurs frêles épaules, pas des ados pleurnichards haïssant cette "société injuste et cruelle" et cherchant à se
faire consoler. Non, ils ont un grand appétit de vie, de jeu, de plaisir, ils défient le monde avec ironie et panache, ils ne craignent jamais d'en faire trop... plus ça
dérange, mieux c'est. Bien sûr, il y a aussi chez eux des frustrations, de la haine, du ressentiment. Mais pas de complaisance dans l'apitoyement, ils le transcendent en exprimant leur
violence sans craindre qu'elle soit mal perçue. Peu de gens, dans la vie, sont réellement nietzschéens... même Nietzsche (voire surtout Nietzsche) ne l'était pas. Mettre en pratique les
théories de Nietzsche, c'est quasi-impossible et asocial. Morrison, lui, aura essayé... et, sans y être parvenu totalement, il est un des hommes qui a approché au plus
près cet idéal. Pour faire comprendre la philosophie de Nietzsche dans les écoles, on pourrait s'appuyer sur l'exemple qu'est celui de Morrison :
Rejet de toutes les conventions, inversion des valeurs morales judéo-chrétiennes, refus de "voir petit" et de se contenter de demi-mesures, aller toujours plus loin en
tout, une mystique sans dieux ni morale ni dogmes, importance du corps, de la danse et de la sensualité. Pas d'égalitarisme, il y a des natures de maîtres et
d'autres d'esclaves... la violence est une manifestation de la vie et doit s'exprimer, la culpabilité est la marque des faibles rongés par le ressentiment, une vision
très aristocratique de la vie fondamentalement opposée à la vision "bourgeoise", provoquer pour déranger les certitudes etc, etc...
John Densmore (batteur des Doors) : "[Jim] voulait réellement sortir de lui-même, aller absolument jusqu'au bout, aussi loin que possible, et chaque fois. Allez savoir ! Je n'ai jamais
compris parce que je suis du côté indien de la métaphysique, du côté lumineux, ce que vous voudrez. Lui était toujours plongé dans Nietzsche, le-sens-de-toutes-choses et l'exploration
existentielle." *
Morrison a lu Nietzsche très jeune. Au lycée, il avait déjà dévoré la plupart de ses ouvrages. Pas banal pour un lycéen américain des années 50. Les autres occupaient plutôt leurs loisirs
à écouter Elvis et tenter de l'imiter. Morrison, lui, deviendra un Elvis nietzschéen...
A ce stade de l'article (pour les courageux qui n'ont pas encore décroché), certains doivent être assez perplexes car :
1. Il est difficile d'arriver à croire que ce sex-symbol rock, sauvage et provocateur était un érudit, un calculateur, un intellectuel dont la référence majeure est Nietzsche... j'ai
moi-même mis du temps à m'en faire à l'idée, et quand je vois des vidéos de Morrison, j'ai toujours du mal à l'imaginer. Mais à force de lire des bouquins et articles sur les Doors,
j'ai fini par m'en convaincre.
2. Un intello érudit fana de Nietzsche et calculateur... ça n'a rien de très rock'n'roll. Ce qui contredit ce que j'écrivais au début, Morrison ne serait donc pas la
plus parfaite incarnation du rock... il serait plutôt à la traîne, entre Mc Cartney et Thom Yorke. Pire encore, il n'a jamais eu une grande considération pour le rock.
Quand, à la fin du lycée, tout le monde ne jurait que par le rock'n'roll, lui disait mépriser le genre et n'écouter que du blues. Lorsqu'il quitte les Doors, ce n'est pas une "passade",
les autres membres du groupe savaient que ce serait définitif, que Morrison avait plus d'estime pour la poésie, et voulait s'y consacrer pleinement. Le rock était pour lui plus un jeu
qu'un art...
Mais c'est aussi cela qui,
paradoxalement, fait de Morrison la "figure emblématique du rock". C'est parce qu'il ne prenait pas le rock au sérieux qu'il pouvait tout s'y permettre. Il n'était pas là pour "faire
carrière", mais surtout pour s'amuser, provoquer et foutre le bordel. Qu'y a-t-il de moins rock'n'roll que ces groupes qui vous expliquent que l'important, c'est de durer
? Car le rock, c'est un truc de sale gosse. Et s'il y a bien eu un "sale gosse" dans l'histoire du rock, c'est Morrison (ce n'est pas le rabaisser que de le dire, à leur manière,
Nietzsche et Baudelaire sont aussi de parfaits "sales gosses") Morrison est un sale gosse qui a toujours tenu à faire le contraire de ce qu'on lui imposait. Et pas qu'un peu. Le rock lui a
permis de faire ce pour quoi il étail le plus doué : emmerder le monde. C'est ce qui lui donne une véritable authenticité, il n'a pas, comme tant d'autres, attendu de monter sur
scène pour jouer les rebelles, rentrant le soir chez lui vivre une petite vie tranquille. Le public le sentait bien : il était aussi barré à la ville qu'à la scène.
Une petite vidéo qui illustre à merveille le "sale gosse nietzschéen" qu'était Morrison... il s'amuse et improvise, au piano, en racontant des conneries sur un épisode de la vie de Nietzsche
(c'est le "Frederic" dont il est question) :
Depuis sa plus tendre enfance, Morrison n'a eu de cesse de provoquer sa famille,
ses amis, son entourage. Mais ce n'était pas simplement de la provoc' "bête et méchante", il était en quête de vérité, et provoquait parce qu'il a toujours refusé d'accepter
les normes arbitraires, les opinions et règles morales que tous semblaient partager. Ses provocations, c'était une manière de mettre à l'épreuve tout ce qui est considéré comme admis ou
établi, d'interroger constamment la société et le psychisme de ses congénères, de mettre le monde face à ses contradictions :
"Une grande partie de la personnalité de Jim était son désir de vous provoquer jusqu'à ce que vos mécanismes naturels de défense entrent en
jeu. Il essayait sans arrêt de faire tomber les prétentions et les masques que nous nous construisons. Il vous forçait à utiliser vos instincts de survie, parce qu'il voulait vous rendre plus
réel. Quand il arrivait à vous faire hurler, crier et sauter de colère il se mettait à rire d'un rire hystérique. Parce qu'il avait gagné"
Bill Siddons, manager des Doors
Une personnalité sinueuse, riche, déstabilisante... mais on est tous amené, selon les jours et nos humeurs, à manifester des aspects très différents de nos personnalités. La
grande différence chez Morrison, c'est que lui pouvait être une chose et son contraire, mais dans l'excès le plus total :
Il vient d'une famille de militaires, pur produit de la "bonne société" blanche et rigide américaine... et deviendra le
symbole même de la rock-star débauchée, subversive, provocante... finissant même sur la liste noire du FBI.
Une intelligence et une culture exceptionnelles... et un des plus grands sex-symbol de l'histoire du rock, et même de l'histoire tout court.
Un groupe de rock californien, en plein Flower Power... dont le chanteur parle comme aucun rockeur avant lui de chaos, nihilisme, Rimbaud, Nietzsche et Céline...
Il adorait la littérature et la poésie européenne la plus raffinée... mais était par d'autres côtés une vraie "grosse brute", mélange de dandy européen du XIX° et de bluesman viril et
grossier.
Personne dans le rock n'a semblé aller aussi loin dans la quête d'absolu, de grandeur, de transcendance... alors qu'il était d'un grand cynisme et tournait tout en dérision.
Sombre, tourmenté, violent... il était en même temps très "espiègle", rigolard, farceur, ses amis ne savaient jamais s'il était sérieux.
Personne ne semblait aussi habité sur scène... et, pourtant, peu de rockeurs ont osé montré un tel mépris du public, des phénomènes d'idolatries, voire même du rock.
Enfin, s'il y a une chose essentielle qu'on oublie souvent lorsqu'on parle de Morrison, c'est sa voix. Sa personnalité est telle qu'elle a tendance à éclipser le reste. Pourtant,
c'est une des grandes voix du rock, un timbre et une manière de chanter en accords avec ses multiples facettes. Une voix fascinante, qui peut-être tour à tour virile et enveloppante avec de
beaux graves, nonchalante ou criarde comme celle d'un sale gosse agaçant, éraillée et enragée, éthérée ou bluesy... et, surtout, ce qui lui est le plus personnel, une façon
très incantatoire de chanter, unique en son temps, et rarement égalée, si ce n'est plus tard par Nick Cave...
Il est dommage qu'on ne trouve pas de vidéos live vraiment représentatives de ce qu'étaient les concerts des Doors : "Le public savait à quoi s'attendre lors d'un
concert des Doors : bagarre et folie. A défaut, ils verraient au moins le Roi Lézard se conduire comme nul autre n'en était capable, ou ne le voulait. Défoncé au point de basculer hors de la
scène - soûl au point de pousser des hurlements à la place des paroles oubliées - planant si haut qu'il allait baiser un ampli avant de s'écrouler sans pouvoir se relever. Avec les Doors, il
y avait du spectacle - du spectacle jamais vu, un truc dingue" *
Pas de live convaincant, mais un excellent montage, sur un des meilleurs titres des Doors où le chant de Morrison est à mon sens... génial, et un montage qui est une parfaite
illustration de la fascination qu'a pu exercer Morrison...
The Doors - Not To Touch The Earth :
* Jerry
Hopkins & Daniel Sugerman - Personne ne Sortira d'ici vivant
J'ai lu pas mal de bouquins sur les Doors, mais celui-là, que j'ai relu pour écrire cet article, est à mon sens le meilleur. Même si vous n'aimez pas trop les Doors, je vous le recommande, la vie
de Morrison est un roman. Pas étonnant pour un type qui s'est tant construit à partir des livres, pas étonnant pour la "créature littéraire" qu'il était, allant même jusqu'à tenter d'imiter dans
ses gestuelles le personnage de Sur la Route de Kerouac ou la façon d'incliner la tête d'Alexandre le Grand, une autre de ses idoles...
Si vous désirez faire connaître vos musiques et pensez qu'elles peuvent intéresser les lecteurs de ce blog, laissez-moi un lien sous l'article Faites découvrir votre musique.
Ce qui est surtout intéressant, dans le fond, c'est de réussir à cerner à travers ce texte plein de passion ce que tu aimes dans cette figure, je veux dire : ce que tu retrouves de toi dedans qui te fais y être si attaché. Car bien entendu, on aime jamais chez ses idoles que la part de soi qu'elles renferment (Cf. une discussion récente à propos de Morrissey...).
Rassure-toi : je ne décortiquerai pas ta psyché comme d'autres me le font ;-) Mais moi, ça m'intéresse bien entendu, puisque s'il y a bien un truc sur lequel nous ne sommes pas en phase... c'est Morrison. Déjà, du strict point de vue musical, tu sais que je ne suis pas un fana des Doors passé le second album. Mais au-delà de ça, même ado, je n'ai jamais vraiment ressenti la fascination si répandue pour le personnage. Sa figure ne me parle absolument pas, du moins pas plus qu'en simple connaisseur. Je crois qu'il y manque cette fragilité que je retrouve chez d'autres et qui (bien entendu) fait écho à ma propre fragilité. La froideur de son regard , même lorsqu'elle est impeccablement retranscrite et fort à propos, ne me touche pas vraiment (au mieux elle m'épate). Et last but not least : je suis vraiment peiné quand je te vois écrire cette connerie sur le Morrison poète. L'attitude, oui ! Incarnation du rock'n'roll - assurément. La musique, je n'aime pas tout, mais pourquoi pas. Mais la poésie de Morrison... ah-ah-ah.
His brain is squirming like a toad
Take a long holiday
Let your children play
If you give this man a ride
Sweet memory will die
Killer on the road
...il y a sans doute un idiome blues tout à fait profond dans ces quelques vers, il n'empêche que je ne trouve pas ça spécialement poétique (on est quand même très loin de Dylan). Heureusement qu'il ne suffit pas d'avoir lu quelques livres et de savoir tenir un crayon pour être un poète.
Ceci posé, cet article reste très bon et j'ai bien conscience que je m'arrête sur un point de détail (un peu comme toi l'autre fois avec la 9e).
Avant de conclure ce commentaire, quelques remarques à propos de ton intro sur Morrison face à ses pairs les icônes du rock :
- que fait Morrissey là-dedans ? Y a t'il jamais eu une personne sur cette planète susceptible de le considérer une seconde, même pour rigoler, comme une icône rock ???
- sur Bowie : c'est juste, et en même temps c'est faux ; c'est (à mon avis) un point de vue biaisé par le temps, l'image de Bowie a énormément évolué depuis ses débuts. Je ne suis pas du tout convaincu qu'à Londres en 1972 beaucoup de gens pouvaient concevoir de boire une tasse de thé avec le dangereux Ziggy Stardust.
- même commentaire sur Iggy Pop, à mon sens le plus digne héritier de Morrison. D'une part parce que l'ultra-violence et l'incroyable dangerosité des prestations des Stooges (surtout entre 1968 et 1970) ne doit pas être éclipsée par la suite de sa carrière. Ces concerts là, pour ce que j'en sais, ne se résumaient pas à son engin (c'est venu plus tard) ni à la défonce... tu me permettras de te rappeler qu'en général ils ne dépassaient pas la demi-heure parce que le chanteur était en sang arrivé là. Ensuite parce que (mais peut-être n'as-tu pas lu assez de bios d'Iggy ? ;-) l'Iguane partage avec Morrison le côté extrêment lettré qui te plait chez le Roi Lézard (tiens... Iguane, Roi Lézard... j'avais jamais fait gaffe). Il a un côté Morrison extrêmement prononcé, moins les réflexes machos et homophobes. Et il a le côté second degré qui manque à Morrison (parce que bon... Morrison est tout de même le rocker le moins drôle de tous les temps).
Néanmoins nous restons d'accord, je pense, sur l'essentiel, notamment le côté pas du tout hippie dudit Morrison (je l'avais écrit ailleurs). Par contre, une question : quid de la scène californienne de l'époque ? Je suis un peu étonné que tu aies réussi à écrire un article de cette taille sans jamais resituer les Doors dans une scène au sein de laquelle ils étaient très implantés et actifs. Car ce qui a fait leur succès, c'est aussi que leur noirceur détonnait avec cette mouvance là...
Sinon, histoire de partir sur une boutade :
Qu'y a-t-il de moins rock'n'roll que ces groupes qui vous expliquent que l'important, c'est de durer ?
Tout à fait d'accord ! Et Sarkozy aussi ;-)
Je pense en fait que d'autres personnages comme Hendrix ou Page (plus discret) ont également incarné le rock! Au fait, il faudrait que tu lises les articles de Lester Bangs sur Morrison... il ne l'aimait pas trop... :-)
SysT
ou des deux.
en fait c'est surtout gonflé de renvoyer dans leurs 22 autant de monstres comme des collégiens à peine sortis de la pistoche le samedi à 17h.
en même temps je suis d'accord, même si j'écoute très rarement les Doors.
pour moi c'est le plus grand groupe de blues de l'histoire, donc de rock si on veut :-)
sinon bowie, smith... je suis pas certain que la comparaison soit de raison, et pjh, tu sais ce que j'en penses.
mais bon, c'est une excellente idée d'écrire cet article maintenant, à la limite n'importe quel autre de ta liste jouit actuellement d'une très grosse cote, notamment springsteen qui (re)trouve grâce auprès du public rock indé.
et puis au moins morrison démontrait concrètement que le rock, ça se VIT (j'en reviens pas de l'avoir faite, celle là ^^)
Morrisson est unique et heureusement, un seul branleur de cette espèce est largement suffisant. Suffisant d'ailleurs comme l'était Morrisson.
Et puis je suis d'accord, No one here gets out alive est bon livre sur les Doors. Mais bref. Ca reste un chanteur pénible d'un groupe moyen de musiciens prétentieux (ah ces réminiscences classiques de ci de là sans même évoquer la farce qu'est The soft parade) qui n'a jamais été capable de faire un album entier correct. Quelques titres qui surnagent comme ça, entre deux morceaux qui suintent l"ennui. Il est quand même remarquable que le meilleur texte de Morrisson soit celui où il ne chante pas (Celebration of the lizard)(le début de ce texte est absolument brillant il faut bien l'avouer).
Après il reste un pantin plutôt beau gosse qui gesticule sur scène dans son futal en cuir moule bite qui articule trois phrases de pseudo poésie sur fond d'orgue insistant en s'écoutant chanter tellement il se sent génial.
Avec un peu d'humilité Morrisson aurait pû avoir du talent... mais voilà... comme tu le dis, poseur comme n'importe quelle star débile du rock.
C'est l'époque et le lieu qui ont fait Morrisson très probablement comme le suggère Thom. (D'ailleurs la côte ouest a un sacré palmarès de groupes chiants datant de cette époque style Grateful Dead, Jefferson Airplane et cie...)
Et sur scène alors... comme tu le dis pas de live convaincant, plutôt des catastrophes d'une manière générale. Morrisson s'en sortait à cause des trois autres derrière. Morrisson avec un groupe de tueurs à guitares saignantes aurait beaucoup moins fait le malin.
Bref, tout ça pour (mal) dire (mais je suis fatigué)(et le bonhomme ne m'inspire pas il me laisse plutôt indifférent) que Morrisson est surestimé (mais je l'avais déjà dit ce n'est pas une surprise).
Je ne dis pas mauvais. Je dis surestimé. Un branleur qui en faisait dix fois trop.
Sinon, face à l'enthousiasme de KMS, j'en profite pour faire ma pub et annoncer que j'organise une petite sauterie à partir du 21 et ce jusqu'à la fin de l'été. Toute personne souhaitant venir chroniquer les Doors sera évidemment le bienvenu :-)
1. Je n'ai pas l'impression d'avoir cherché à "défendre" Morrison, plutôt essayé de montrer qui il était vraiment, car l'image qu'en retiennent les gens est parfois loin de ce qu'il était au fond. Tout le monde n'a pas forcément lu des bios des Doors ou Morrison, et s'arrête à son image.
Ado, et même pendant longtemps, je n'ai moi non plus jamais été fasciné par son image, il n'a jamais été une "idole" pour moi... mais, en lisant des bouquins sur les Doors, j'ai fini par le trouver passionnant.
Pour la fragilité, tu as raison, Morrison a de multiples facettes, mais pas celle-là... même s'il a bien sûr de nombreuses failles et fêlures.
2. Morrison poète... je ne me prononce pas sur la qualité de sa poésie, je ne suis pas spécialiste ès-poésie et ne m'estime pas en mesure de savoir à coup sûr distinguer la bonne et la mauvaise... tout ce que je sais, c'est que j'aime bien ses textes... je trouve qu'ils "sonnent", qu'ils fonctionnent, ses textes s'accordent admirablement avec son chant et la musique des Doors... ce que tu cites de Riders on the Storm, c'est peut-être pas de la "grande poésie", mais chanté comme il le chante, je trouve ça parfait, je n'y trouve strictement rien à redire...
3. Morrissey... qu'il le veuille ou non, c'est tout de même une des personnalités marquantes de l'histoire duu rock... il y a des fans de rock qui considèrent les Smiths comme le plus grand groupe de rock, et Morrissey la personnalité la plus marquante du rock (si si)...
Iggy Pop... tu as en partie raison... mais, justement, le second degré fait qu'il a plus un côté "bouffon" que Morrison, un peu moins "dangereux"... (Iguane et Roi Lézard, très bien vu !)
Pourtant, pas du tout d'accord sur le fait que Morrison est le rockeur le moins drôle de tous les temps, sans second degré... certes, à la scène, il l'était moins qu'à la ville où, comme je le dis, personne ne savait jamais s'il était sérieux, il était très "farceur", adorait raconter des blagues salaces etc... Il faut voir la vidéo où il est au piano pour comprendre qu'il adorait déconner et ne se prenait pas vraiment au sérieux... ou même, celle de The End mise à la fin de l'article... car The End, c'est franchement pas un morceau marrant... pourtant, il y a pas mal d'humour et d'ironie dans la façon dont Morrison l'interprète... Non, vraiment, sur scène, il pouvait être très drôle, il avait beaucoup d'humour. ça aussi, on l'oublie souvent, parce que voulant contrôler son image et celle des Doors, il a décidé que le groupe ne devait jamais sourire sur les photos... alors on a l'impression qu'il fait toujours la gueule, ce qui est loin d'être le cas...
4. La scène californienne... j'ai tout de même à deux reprises évoqué qu'il était en grande partie à contre-courant du Flower Power, évoquant le fait qu'un groupe californien mené par un type fasciné par le chaos et le nihilisme, c'est plutôt original... mais bon, je n'allais pas développer, c'est un article sur Morrison, pas sur les Doors, et il faut bien que j'en garde un peu quand je devrais me lancer dans des chroniques d'albums des Doors, ce que je n'ai toujours pas fait !
Par contre, je suis déçu que tu n'aies pas noté que j'ai résussi à ne pas employer une seule fois le mot "chaman" alors que mon article est bien plus long que le tien, et, en plus, ne parle que de Jim Morrison... :-)
SYST : Morrison, Page, hendrix... à croire qu'il faut s'appeler Jim(my) pour prétendre au titre. :-)
Bien sûr que d'autres ont "incarné" le rock... mais bon, Page, c'est pas un "mythe" à la hauteur de Morrison. Et je n'ai parlé que des chanteurs (sinon il y auraie eu aussi Townshend, Keith Moon, Angus Young... tiens, c'est vrai que j'ai aussi oublié Bon Scott...) c'est tout de même le chanteur, dans le rock, qui est au centre, sur lequel se posent généralement tous les regards... et pour le titre de "figure emblématique du rock", je prends aussi en compte la popularité, le fait que le type ait vraiment marqué les esprits, si possible au-delà du petit cercle des passionnés de rock... J'adore Led Zep, mais Jimmy Page, à côté de Morrison, il a tout de même l'air plutôt "discret".
Lester Bangs, je sais, n'aimais pas Morrison (Nik Cohn non plus, d'ailleurs)... mais les écrits de Bangs et Cohn ne sont pas pour moi paroles d'évangile... :-)
re-THOM : Philippe qui ? Le type qui trouve super rock'n'roll une immonde reprise lourdingue des non moins immondes evanescence dans la nouvelle star ? :-)
A propos de ton 4...je ne parlais pas de cette scène californienne là. Zappa ou Buckley n'étaient pas spécialement Flower Power. Ni le Band.
Et en ce qui concerne le "chaman"...toutes mes excuses. Mais tu sais, c'est le genre de truc dont personne ne s'aperçoit ;-) Si tu t'en aperçu suite à ma critique, c'est parce que j'avais pris le soin de m'auto-flatter dedans sur ce point, conscient que je serais le seul à noter la performance ;-)
Plus grand groupe de blues, je sais pas, mais tu fais bien d'en parler, on oublie parfois que Morrison était un très grand fan de blues, que c'est lui qui, sur L.A. Woman, a poussé les autres à être toujours plus blues... et qu'il chantait admirablement le blues. Roadhouse Blues, Been Down So Long, Five To One, Wild Child etc... les Doors ont tout de même sorti beaucoup d'excellents titres de blues, et bien plus que la scène rock américaine de l'époque.
"Le rock, ça se vit"... eh oui, faut que tu l'assumes, celle-là... dire ça et l'assumer, finalement, c'est assez rock'n'roll... :-)
KMS : Bon, on n'a pas le même avis sur les Doors et Morrison, c'est sûr... par contre, je te rejoins en partie sur une chose, le fait qu'ils n'aient jamais éta capables de faire un album en entier correct... sauf, pour moi, le premier... mais sur tous les autres, je trouve qu'il y a des morceaux vraiment mauvais, c'est un groupe particulièrement inégal. Sur chaque album, il y a des titres que j'adore, mais aussi au moins 2-que je zappe systématiquement et trouve très médiocres, voire nuls (ou, parfois, c'est telle ou telle partie d'un morceau, qui le plombe). J'imagine que pour toi, le rapport est inversé, 2-3 que tu trouves corrects, et le reste à chier :-) Et The Soft parade, à part 2 titres, je n'écoute quasiment jamais, c'est sûr qu'il est vraiment pas terrible... Malgré tout ça, les Doors reste mon groupe préféré, ce que j'ai réalisé le jour, où, en me demandant quels étaient vraiment les morceaux qui me touchaient le plus... je me retrouvais avec les 3/4 qui étaient des Doors. Riders On the Storm, Take it as it comes, The End, Not To Touch The Earth, Love me two times, L.A. Woman, Roadhouse Blues etc...
Et je suis loin d'être fana de claviers de Manzarek et de ses réminiscences classiques... je le trouve plutôt bon à l'orgue bluesy... mais ses impros plus ou moins classiques, j'accroche pas du tout...
Par contre, pour ce qui est de la scène... les Doors pouvaient être excellents (de ce que j'ai lu, hein, je n'étais pas né à l'époque)... ce que je voulais dire, c'est que les extraits filmés qu'on trouve ne rendent pas vraiment compte de la frénésie et de la folie qu'il pouvait y avoir à certains de leurs concerts. Il est vrai aussi que rapidement, Morrison a commencé à se lasser de la scène... dès que c'est devenu une routine, qu'il sentait qu'on "attendait" ses provocations, il ne voyait plus l'intérêt...
THOM : Je sis pas si c'est une bonne idée, cette "sauterie", tu vas te retrouver avec 30 articles sur The Soft Parade :-)
Pour le chaman, je me doutais bien que personne ne pourrait remarquer tout seul la... "performance" :-) Je l'avais justement précisé à la fin de l'article, mais "bug" d'over-blog, toute la 2° partie de mon article (qui était encore plus long!) a disparu suite à une sauvegarde, et j'ai du la réécrire, dégoûté... en oubliant ce "PS"... dont je me suis rappelé après ton commentaire...
Sur la scène califorienne, en effet, je n'avais pas pensé à celle-là, la plus intéressante (mais bon, moins que les Doors :-) )
Morrison, mouais, c'est un peu des musiciens (Joplin, Hendrix, ...) que j'adorais quand j'avais 18-25 ans (les années facs, en gros) mais dont, les années passant, je me détache de plus en plus (trop écoutés ? ras-le-bol ?)
Avec le recul, de la discographie des Doors, je ne retiens que leur 1er album et L.A. Woman que je dois ressortir une fois tous les deux ans.
Une fois de plus, respect total devant l'énorme boulot et la passion que l'on ressent à l'écriture de cet article !
@++
Sur les albums des Doors... le 1er et le dernier sont en effet les plus aboutis, les moins "inégaux"... ceux qui font le plus l'unanimité, avec tout de même Strange Days juste derrière...
Oui, effectivement Page est discret et ce n'est pas un leader à l'image de Morrison, sexy, charismatique, foutraque et lunatique ;-)
Pour Hendrix, j'insiste, je pense qu'il incarne tout autant une figure mythique et ultime du rock... peut-être aussi parce qu'il est musicien! :-)
Et pour Bangs, c'était juste un clin d'oeil car ses textes sont drôles et qu'il a un avis totalement opposé au tien, point par point, qui plus est... mais effectivement, je ne veux pas non plus prêcher pour la paroisse de St Lester, très subjectif et discutable dans ses choix! Je suis souvent en désaccord avec lui également :-)
SysT
C'est pas de GT, mais d'Arbobo. Et c'est pour moi un contresens total.
Sinon, bel article. Je ne me suis jamais vraiment intéressé au personnage. J'aime bien LA Woman. Et n'ai jamais vraiment compris le culte qu'on lui porte. Un peu plus maintenant, après avoir lu cette chronique.
Hendrix "baise" avec sa guitare, alors que Morrison baise le public (dans tous les sens du terme)... du coup, Hendrix a été brandi le plus souvent comme "référence ultime" par les guitaristes... moins par les autres, qui ont parfois l'impression que Hendrix, c'est pour les guitaristes. Et les solos de guitare, ça a été tout de même ringardisé depuis longtemps... bien qu'Hendrix échappe plus ou moins à cette "fatwa" ;-)
THOM : Peut-être que moi aussi, comme Bangs, je ferais mon mea culpa et déclarerais un jour que les beach Boys ne sont pas un mauvais groupe... sauf que tout le monde s'en foutra encore plus... :-)
CHRISTIAN : Merci, et... il est vrai que Morrison a quelques arguments pour t'intéresser. Il avait beau être - ce qui est assez original pour un américain de ces années-là, et encore plus un rockeur - totalement passionné par la littérature et la poésie européenne, la musique qu'il aimait, avant tout, c'était le blues. C'est lui qui a poussé les autres à ce que L.A. Woman soit le plus blues possible (même si les 3 autres étaient aussi des grands amateurs de blues)... les chanteurs qui le fascinaient, c'étaient les bluesmen... plus il avançait, plus il voulait revenir à ce qui était pour lui l'essentiel : le blues. Comme je l'ai dit, dans ses dernières années au lycée, il ne jurait que par le blues et - Elvis excepté - méprisait le rock (vraiment pas banal pour un jeune blanc américain en pleine "folie rock'n'roll" des 50's)... il trainait déjà beaucoup dans des bars sordides ou jouaient des bluesmen.
On parle souvent de sa passion pour les indiens (chamanisme, etc...) ce qui est tout à fait vrai, mais on oublie parfois celle pour les bluesmen et noirs-américains... en fait, il aurait voulu être comme Hendrix, occasionnel compagnon de débauche, un mélange de noir et d'indien... d'ailleurs, il existe quelques enregistrements marrants, où Hendrix accompagne Morrison, ivre mort, comme sur ce "Morrison's Lament" :
http://www.youtube.com/watch?v=T-eNZK4ZUsE
Pour le débat sur le "contresens" avec Arbobo... j'y reviendrai demain, là, il est trop tard :-)
A commencer par Hendrix.
évidemment, ça ne s'applique pas au Velvet, quasiment pas à Pink floyd (quoique, le blues planant existe aussi, cf les débuts de Fleetwood mac) ni à Cure.
en fait je ne mettrais pas les Doors (donc morrison non plus) au panthéon du rock. En revanche dans celui du blues sans hésiter.
je maintiens surtout cette partie là de ma phrase un peu facile.
la partie sur rock = blues, elle volera facilement en éclat ^^
et en bon amateur de Joy Div ou de Bowie, je jettrai la première pierre :-)
à moins qu'on puisse dire, dans les années 60, plutôt l'inverse : un grand groupe de blues (j'insiste sur groupe) est aussi un bon groupe de rock.
pas certain que ça marche, mais je vais y réfléchir.
8a4 (un score digne de France-Roumanie)
En préambule, la conception que je me fais du rock, depuis que j'en écoute à peu de choses près, c'est qu'il n'y a pas qu'une facette. Le rock est en union libre polygame avec le blues, le folk, la country, le funk, l'électro, le hard, la pop... A ce petit jeu là, trouver une incarnation du rock relève de la simple folie. Ou alors de l'enculage de mouche.
Je ne suis pas fou aux dernières nouvelles, par contre je suis un formidable sodomisateur de drosophiles à mes heures. Donc je me lance :
- Iggy Pop : alors pour moi il a beaucoup de l'incarnation la plus "parfaite". Chaque interview de sa part que je peux lire est une leçon de rock. Dans le genre touche à tout il se défend pas mal l'Iguane. Racines blues, gros penchant Coltraniens, pionnier du punk, vagabond du hard, de la pop et du "post-punk"... En plus lui aussi a un gros QI. Son gros défaut : SFR. Mais du haut de mes 21 ans, si je devrais vivre un concert, je crois que je choisirais les Stooges avec Williamson. Ca veut tout dire...
-David Bowie : Ah ! Dans le genre touche à tout du rock : imbattable. Son influence est à ce titre énorme. Alors oui, le fait qu'il ait l'étiquette "so british" apposée sur son front ne joue pas en sa faveur. Mais psychologiquement, il a beaucoup de chose de l'indomptable et insaisissable (allant dans des excès qu'il regrette plus tard, tiens d'ailleurs il devrait regretter sa coopération avec Scarlett Johansson). Son autre problème est qu'il n'est peut-être pas aussi surpuissant en live que l'était Elvis, Iggy ou Jim...
- Ian Curtis : soyons clair, ici on a pas l'alpha et l'omega du rock. Mais plutôt un omega inattendu (je sens qu'en me relisant, je me rendrai compte que ça ne veut rien dire, mais qu'importe, je poste depuis le boulot !). Sur le jeu de scène, j'ai l'impression qu'il fait aisèment jeu égal avec Morrison, sans parler de la psychologie, que l'on n'a sans doute pas eu le temps d'observer dans ses tréfonds malheureusement. Pour finir je n'y peux rien, Curtis c'est une identité que je ne retrouve nulle part, même pas chez Morrison.
- Dylan : la force tranquille, son principal souci en fait. Mais quand même, et là je prêche un converti : il est insaisissable, le meilleur à ce jeu là. En plus il n'est pas mort prématurément et possède une longévité hors norme (ça doit aussi jouer contre lui ça).
- Springsteen : trop sage ? Plus qu'Iggy, moins que Bono et Freddie quand même ! Il ne touche pas à tout mais se démène bien dans plusieurs styles. Sa psyché n'est peut-être pas torturée, mais on sent que ce gars en live il prend plaisir, et il donne une autre dimension à sa musique. Ca, ça fait rock.
- Nick Cave : et vlan, je me retrouve à nouveau à prêcher un converti... Qui l'est sans doute plus que moi d'ailleurs. Je ne comprends pas exactement le pourquoi du Jim Morrison "plus sexy". Nick a pas mal voyagé et a eu une période folle dans sa jeunesse, où ses lives étaient impressionnants (Live 1981-82 de Birthday Party pour ceux qui veulent savoir ce que donnent les Stooges version "post-blues" 10 ans après). Finalement, c'est lui que je trouve le plus sage. Pourtant, il ne l'a pas toujours été (Tracy Pew nous le rappellerait bien), mais la moustache...
- Trent Reznor : HC ! Il est à ranger à côté de AFX et Amon Tobin lui. Il ne fait pas rock, du tout.
C'est un peu la même chose avec Morrissey et Yorke.
Un des absents : Joe Strummer. "Future is Unwritten", isn't it ?
Donc pour ma défense, je trouve Morrison (au même titre que les Doors, et que Led Zep tant que j'y suis) surestimé. Déjà parce-qu'il a le syndrôme mort prématurée, et que ça n'est jamais très bon à ce niveau. Ensuite parce-que je ne lui trouve pas un apport considérable dans la musique actuelle (mais je lui suis reconnaissant d'avoir guidé Iggy).
A l'arrivée, je n'opposerai personnne à Morrison, mais je ne le citerai pas en incarnation du rock. Peut-être dans la catégorie Blues-oriented rock...
Sinon Chantal Nobel et William Leymergie seraient déjà au Rock'n'roll Hall of Fame du Hard rock café de Tijuana.
jaw (yeaaaahh ! le bot est en forme chez GT !)
Certes, ils ne sont pas nicht... netzcht... chienszt... bon disons philosophes, mais ils collectionnent une bonne tripotée de critères qui en font de bons quart-de-finalistes de tournois continentaux pour le titre.
fgj
GT : Oui, c'est vrai que Hendrix se masturbait un peu, tandis que Jim, au fond, nous a tous baisés! :-)
Encore bravo pour cet article... ultime!
Pour faire simple et hyper-caricatural, on pourrait dire que le rock c'est un truc de gamins blancs énervés et arrogants, et le blues, un truc de vieux noirs résignés et mélancoliques... Bien sûr, les deux sont plus riches que ça, ils se rejoignent sur d'autres points, et on peut trouver des contre-exemples... mais il y a de ça, et l'esprit "blues" n'a rien à voir avec "l'esprit rock".
Un grand bluesman peut très bien n'avoir rien de "rock'n'roll", comme un rgand rockeur peut très bien n'avoir rien de blues...
Du rock, on attend que ça "frappe", dans les deux sens du terme...
CRAFTY : Belle défense... mais je reste sur ma position, il manque un truc à tous à tous les autres... pas un qui ait autant que Morrison tout ce qui à mon sens caractérise le rock et dont je parlais au début : sauvage, sexy, arrogant, rageur, jubilatoire, urgent, romantique, cool, provocateur, ironique, rebelle, charismatique, foutraque et insoumis...
Après, sur l'apport à la musique actuelle... je sais pas trop, ce que je sais, c'est qu'ils ont indiscutablement un "son", un "style"... et, qu'esthétiquement, ils ont profondément marqué les esprits. Ils ont apporté au rock une vraie noirceur, à la fois le nihilisme et le romantisme dix-neuvièmiste, ils ont ouvert des "portes" (oui, je sais, elle est facile...) prises par certains pour le meilleur, par d'autres pour le pire...
CHRISTOPHE : Hutchence et le chanteur d'Eiffel... comment diable ai-je pu les oublier ????
ni de massacrer sa petite amie à grands coups de poing dans la tronche pour être une grande icône du wakenwo.
Sinon Chantal Nobel et William Leymergie seraient déjà au Rock'n'roll Hall of Fame du Hard rock café de Tijuana.
Et si "massacrer sa petite amie à grands coups de poing dans la tronche était le mètre-étalon", Cantat serait imbattable comme "figure emblématique du rock" (oui, je sais, elle est d'un goût moyen^^)
James Brown, j'y ai pensé... mais lui et Prince ne sont pas vraiment des "rockeurs"... en tout cas, pour répondre à Crafty, moins que Reznor....
SYST : Encore merci, et Hendrix se masturbait un peu, tandis que Jim, au fond, nous a tous baisés! c'est une très bonne variation (et je sais que tu aimes qu'on te cite^^ )
Mais bon, je crois que j'ai l'art de passer le point Godwin plus vite qu'on ne le pense.
Donc mes eskuzes aux familles et tout et tout.
Sinon, pas de réactions pour Prince et James Brown ?
y93
En effet, tu fais bien de souligner que John Lennon est complètement absent de cette discussion (ce qui est juste absolument honteux et me fait quand même poser quelques questions quant à "ce qu'est le rock" pour les blogueurs :-/ )
Juste un mot, je crois que Crafty exprime un peu ma pensée.
Il manque, à mon sens, à Morrisson, l'élégance ultime du rocker : survivre et vieillir brillamment.
Ce qui le différencie donc de Jerry lee Lewis qui manque dramatiquement dans ta liste (sexuel, dangereux, mais je te l'accorde sans doute moins intello), de Cash (autrement dangereux, mais moins glamour dirons nous), de Lou Reed (quoiqu'on pense de ce qu'il fait maintenant) ou de David Johansen (et quelques autres qui ne viennent pas à cette heure avancée).
Prince et James Brown... j'ai réagi dans mon précédent commentaire ! Des personnages incontournables, certes, mais pas vraiment des "rockeurs"...
Mike Brant... pourquoi pas... là, au moins on a un vrai rocker ! :-)
THOM : Lennon... j'ai tout de même dit dans l'article qu'il avait l'air, à côté de Morrison, d'un compositeur de bluettes devenu gentil baba-cool... :-)
TCS : (tu permets que je t'appelle "TCS ? Je suis très fainéant...)
Jerry Lee Lewis... en effet... sauf que le rock 50's est un peu "démodé"... les 9/10° des passionnés de rock ont tous dans leurs groupes favoris des groupes 60's, qui les touchent profondément (Dylan, Beatles, Led Zep, Doors, Stones, Who etc...) mais - il suffit de voir tous nos "confrères" blogueurs - le rock 50's est souvent un grand absent des débats, chroniques, ce que je regrette d'ailleurs (mon préféré : Eddie Cochran). Jerry lee Lewis a tout de même un côté trop "fun"... contrairement à Morrison, ce n'est pas une figure qui a encore de quoi fasciner la jeunesse et symboliser leurs désirs de révolte et de chaos...
Cash... je suis un grand fan... mais je ne le perçois pas vraiment comme un rocker. Il est trop "folk" pour prétendre au "titre"... le rock, c'est aussi la jeunesse flamboyante, arrogante, nerveuse et violente, ce que ne "représente" pas Cash.
Lou Reed... j'en ai parlé. Lui non plus n'a pas ce côté rageur, nerveux, énergique qui est tout de même une grande part de l'esprit du rock.
David Johansen... j'aurais envie de répondre ce que je disais à propos de Ian Curtis... c'est qui David Johansen ? :-) Tu peux descendre en bas de chez toi, interroger les gens sur son cas, ils te répondront la même chose.
Le rock, c'est tout de même un truc qui doit frapper les esprits, et pas seulement ceux des fanas du genre... comme l'ont fait Elvis, Dylan, les Beatles, les Stones, Hendrix, Jim Morrison, Bowie, Kurt Cobain... l'esprit du rock, ce n'est pas celui du folk intimiste ou du jazz pour inités... faut mettre une grande claque à la société, pas juste à des fans du genre qui n'attendent que ça, et incarner la révolte au-delà du petit monde du rock...
ALF : Trés juste ! c'est d'ailleurs un type de personnalité d'artistes qui se rencontre parfois... mais chez Morrison et Picasso, il est vrai qu'elle est poussée à l'extrême...
Autant les autres (Bowie, Beatles, Stones, Dylan) sont connus (souvent parce-qu'ils ont une certaine longévité, eux), autant Jim Morrison est loin d'être un personnage bien connu des gens.
En exemple : la série Californication (avec David Duchovny) récemment diffusée citent un sacré nombre de monstres sacrés du rock (ceux qui l'ont vu me comprennent : Dylan, Keith Richards, Pink Floyd), Jim Morrison n'a aucune occurence, alors que même Van Morrison et Sting en ont une (même si ce n'est pas forcément un compliment). Ca n'est pas seulement propre à la France.
Et cela va de même pour Nick Cave et Ian Curtis, qui, sortis de la sphère des music fans sont relativement peu connus.
Crafty : La célébrité est effectivement assez relative pour Morrisson solo, ce qui le différencie sûrement de Presley, qui est un mythe clairement identifiable même pour ceux qui ne l'ont jamais entendu. Ceci pour dire que bon, tout est relatif (atteution : j'ai dégainé le canon à trusimes) ^^.
A tous les incultes qui se reconnaîtront : si Lennon est un compositeur de bluettes parce que ça manquait de décibels, alors Schiele et Munch sont des illustrateurs pour Collargol.
pch
Et tu es bien optimiste si tu pense que Bowie est "bien connu des gens"... tout le monde a entendu parler de lui, connait quelques chansons, certes (faut dire qu'il n'hésite pas à vendre ses morceaux aux premiers publicitaires venus...) mais pour la plupart des gens, Bowie, c'est juste un beau chanteur dandy... ils sont très loin de savoir vraiment l'identifier (et ça, c'est aussi à cause de son côté "caméléon"... d'ailleurs... le Roi Lézard Morrison, l'iguane Iggy, et le caméléon Bowie :-) le "rock'n'roll hall of fame" est un vivarium... ) bref... ils sont loin d'avoir une idée de qui il est réellement, connaitre sa période berlinoise ou glam-provoc'.
Pour beaucoup, maintenant, il est peut-être surtout le type qu'on a vu dans la pub pour Vittel :-) Et ça, c'est pas super rock'n'roll... je dis ça alors que j'adore Bowie, mais bon, pour être un mythe, il faut avoir une image "forte", comme James Dean, Marilyn... ou Jim Morrison. Qui est le mythe de la rock-star torturée, romantique, sexuelle, débauchée, excessive, révoltée, sauvage...
Et le "destin bref et tragique", ça joue beaucoup pour qu'il y ait "mythe"... C'est parce qu'ils ont vécu à fond cette urgence rock'n'roll, l'ont incarné parfaitement, pour le meilleur et le pire, que Morrison, Joplin et Hendrix ont cette aura... et ne se retrouvent pas, en vieux rockeurs, à faire comme Bowie ou Iggy Pop les VRP pour Vittel ou SFR, les jours où ils ne reçoivent pas de décorations ou n'inaugurent pas des musées :-)
La différence, aussi... c'est que lorsque Morrison apprend que Buick va utiliser Light my Fire dans ses pubs (alors que les 3 autres avaient donné leur accord, Morrison étant absent quand ça s'est décidé, et que Light my Fire n'a même pas été écrite par lui), il a appelé Buick en leur assurant que si la pub était diffusée, il viendrait à la télé défoncer une de leurs caisses à grands coups de marteaux...
Il y a d'ailleurs un excellent article de John Densmore à ce sujet, où il explique qu'en mémoire de Morrison, par respect pour tout ce qu'il lui a appris et pour son refus des compromissions, il refuse systématiquement de vendre les chansons des Doors aux publicitaires (et n'est pas tendre avec Manzarek qui lui, a moins de scrupules et aimerait bien)... un bel article, où Densmore parle - avec une grande justesse - du mal que la pub peut faire aux chansons, aux artistes, du dégoût que lui inspire Revolution des Beatles utilisé pour vendre des Nike, de la "cupidité" qui lui a fait parfois hésité face à toutes ses propositions alléchantes de publicitaires qui souhaitent utiliser les musiques des Doors... mais il ne supporterait pas de trahir Morrison... l'article est ici (en anglais) :
http://www.thenation.com/doc/20020708/densmore
Dans les réactions, il y a un certain Tom Waits, autre "pur et dur", qui le félicite car, lui aussi, refuse qu'on rabaisse les chansons à en faire de vulgaires "jingles" pour vendre des conneries... et Tom Waits, d'ailleurs, attaque systématiquement les publicitaires qui utilisent ses chansons...
La réaction de Tom Waits :
http://www.thenation.com/doc/20021007/letter
CHRISTOPHE : Elvis... bien sûr, c'est le plus célèbre "mythe" du rock... mais il n'a pas le côté "insoumis" et chaotique de Morrison...
Lennon... je disais que face à Morrison, il a l'air d'un "compositeur de bluettes devenu gentil baba-cool".
Bien sûr - on en a déjà parlé - Lennon est en réalité un type beaucoup moins sympa et hippie qu'on l'imagine... Seulement, on peut écrire tant qu'on veut sur les blogs que Lennon a été un petit voyou, qu'il était aussi très arrogant, prétentieux, colérique, que les beatles ont aussi été très subversifs... on n'y changera rien, il gardera cette image de doux-rêveur hippie et pacifiste... qu'il a d'ailleurs bien entretenu... alors qu'on imagine mal Morrison chanter "Give Peace a Chance" "All you need is love" ou "Imagine"...
Mais même ma mère connait Bowie, et pas pour ses pubs (un peu pour ses films, là par contre c'est d'la triche), alors que Morrison pour elle, c'est vaguement un type qui est mort un peu tôt, sans doute drogué comme tous les autres. Et là-dessus je ne pense pas être optimiste/pessimiste.
Les mythes doivent être des gens mort prématurèment, c'est sans doute ça le problème dans toute cette histoire. Quand on me dit "Dylan a branché son ampli à ce concert...", je ne trouve pas le concert meilleur pour autant. Ca doit être mon côté pragmatique qui ressort et prend le dessus...
Les mythes j'en fais vite le tour, mais je n'y attache pas d'importance.
Concernant les pubs, revenons-y... Ben oui, c'est sûr que la cupidité de certains (chez Queen, Sex Pistol, une bien longue liste que je ne développerai pas ici) vient ternir leur aura. Tom Waits a toujours attaqué en justice les publicitaires utilisant sa musique (Step up right a failli figurer dans une pub immonde, sacrilège).
Et là le paradoxe intervient : la démarche intégre vis-à-vis de la publicité : ça m'interpelle... Il faut dire que j'ai une sainte horreur de la pub. Non Morrison ne remontera pas dans le podium de mon estime, mais c'est indéniablement un plus.
M'enfin, petit détour : si Morrison était encore en vie, qui sait s'il ne vendrait pas quelques titres à jingles pour se faire de l'argent ! C'est aussi ça le problème, les morts dans le années 70 n'ont pas connu la publicité et le marketing actuel (qui a changé 3 fois depuis les années 70)...
Je n'avais pas envie de rentrer dans le débat, mais là, je dois réagir.
En effet, je suis d'accord avec Crafty. Seule une petite partie de la population connait le nom de Jim Morrison. Bien sûr, cette connaissance est accrue chez les personnes issue de la génération musicale des 1960s-1970s qui ont vécu le phénomène Doors en direct ... Et encore, parmi ces personnes, il y a plein de personnes sont "passées à travers" ... et ne connaissent Morrison que de nom, vaguement.
Les seules personnes le connaissant véritablement sont les personnes "cultivées" et celles intéressées par la "communauté rock".
Mes parents avaient 20 ans en 1968. Pour eux, Morrison n'existe pas. Ils doivent connaître le nom des Doors, ça s'arrête là.
Idem pour Jimi Hendrix (mon père : "oui, c'était un joueur de guitare, et alors ?"), Janis Joplin, ..., qui ne bénéficient d'une vraie reconnaissance que chez les auditeurs à l'oreille éduquée. Ma mère connait Danyel Gérard mais pas Janis Joplin ...
Il est vain de croire qu'il existe, pour la deuxième moitié du 20ème siècle, d'autres mythes musicaux rock et assimilés "universels" autres que Presley, les Beatles, les Rolling Stones, Dylan (dans une moindre mesure), Jackson & Madonna et peut-être quelques autres noms, ...
Ce sont les noms des artistes qui, à un moment ou à un autre ont trouvé grâce en même temps chez le fan exigeant (sauf pour Madonna ;-)) et chez la ménagère.
Les Doors, Joplin, Hendrix, Bowie, Pop, etc etc ..., sont connus essentiellement par des oreilles éduquées / initiées.
Et aujourd'hui, les générations passant, de moins en moins d'oreilles sont éduquées, ou pour être moins pessimiste, sont initiées à d'autres choses.
Ces demi-dieux issus des 60s voient donc encore leur côté semi-mythique s'effriter un peu plus tous les jours.
Pour pousuivre l'analogie mathématique, les Cave, Waits et ceux issus des 70s-80s-90s sont des quarts, des huitièmes, des seizièmes, ... de mythes, proportionnellement à la tranche du public auquel l'artiste s'adresse.
Bref, il ne faut pas croire que la population de cette planète a le niveau des connaissances musicales (je rejoins là dessus la conversation qui s'était engagée entre KMS et un autre collègue blogueur à propos des % de personnes connaissant tel ou tel groupe + / - obscur) véhiculées sur les sites musicaux ou dans la presse spécialisée.
Je bosse en bibliothèque, dans l'espace musique d'une grande ville, et je peux vous certifier que peu de gens, au bout du compte, s'intéressent ou connaissent Morrison et ses portes. Le public est de plus en plus fragmenté.
Est-ce un bien ou un mal ?
Là est un autre débat !
Je n'ai pas dû faire avancer le schmilblick, mais bon, je me devais de réagir ...
@++
Jim Morrison, pour moi, ce n'a été longtemps que "Apocalypse Now". Pour d'autres, c'est avant tout une tombe à Paris avec du monde autour.
Et si on parle ici de noms qui ont dépassé le cadre de la musique (et non pas seulement celui du rock), alors inutile de parler de Tom Waits ou de Nick Cave.
Tiens, je vais faire un petit test sur mes collègues, tous bien plus jeunes que moi. Je suis à peu près sur du résultat : "c'est qui ça encore ? De toute façon t'écoutes que des trucs bizarres. Et puis c'est vieux non ? Ils ont fait des clips ?"
Nous tous, qui fréquentons ces pages ou ces sites sommes donc des "lettrés de la musique". Nous nous sommes construits, pour des raisons diverses et variées (intérêt, affect, ...) cette masse volumineuse de connaissances qui, dans la vie de tous les jours, ne nous servent à rien, si ce n'est à "briller" quelque peu en société ou à se faire qualifier de "snobinard intellectuel et prétentieux qui essaie d'imposer ses goûts aux autres" (si si ... ça arrive ! avec les fans de Sardou & Co fervents auteurs du fameux "chacun ses goûts").
Le côté "mythique" d'un artiste est complètement fonction du public auquel on s'adresse ainsi que de l'époque.
Et honnêtement, le côté mythique d'X ou Y, est-ce vraiment important ?
@++
Bien sûr, on ne peut jamais savoir... mais Morrison a démontré toute sa vie (même si elle a été courte), que l'argent n'était pas un de ses moteurs, et qu'il refusait toute compromission... il se lance dans des études hasardeuses de cinéma, alors qu'il avait de quoi intégrer de grandes écoles, alors qu'il avait été accepté (si mes souvenirs sont bons) à Harvard...
Il aurait pu faire une carrière solo et gagner bien plus d'argent, on lui a proposé, mais il a catégoriquement refusé... il n'a, comme je l'ai rappelé, pas supporté une seconde l'idée qu'on puisse vendre à des publicitaires une chanson des Doors, même pas écrite par lui (mais pour laquelle il touchait autant de droits, puisque les Doors partagaient tout et co-signaient chaque titre) Il a quitté définitivement les Doors pour se consacrer à la poésie... alors qu'il savait très bien qu'il ne gagnerait plus beaucoup d'argent... passer de star du rock et poète, faut mieux pas être vénal... :-)
Alors... on ne peut présumer de ce qu'il serait devenu... mais en partant de ce qu'il a été, c'est peu probable qu'il ait viré de bord... disons que je le vois pas plus vendre ses musiques pour des pubs que laisser tomber la poésie pour devenir flic :-)
THIERRY (et CRAFTY, et CHRISTIAN) : A vous lire, on finirait par croire que Jim Morrison est pas plus connu que John Entwistle :-)
Je n'ai pas du tout la même impression que vous... il incarne quelque chose d'assez marquant et reconnaissable... si je dis de quelqu'un "il se prend pour Jim Morrison", je suis persuadé que la plupart des gens voient tout de suite à quoi je fais référence...
Ensuite... je suis bien d'accord sur le fait que, plus on avance, moins les nouveaux grands noms du rock sont connus du grand public... même s'il y en a certains qui, s'ils font de gros tubes et défraient la chronique, arrivent à se faire connaître.
Et vous semblez oublier aussi qu'on vit dans le pays le moins rock'n'roll du monde...
Sur le "mythe"... bien entendu, ce n'est pas l'essentiel... mais, à mon sens, ce n'est pas anecdotique. En occident, on attend d'un artiste qu'il apporte quelque chose de vraiment "personnel"... du coup, le style de ses oeuvres et sa personnalité se confondent facilement, on est dans une vision toujours très "romantique" de l'artiste. Particulièrement le grand public, qui s'attache beaucoup à l'image, mais pas seulement ! Même chez les mélomanes... quand on parle de Beethoven, Mozart, Coltrane, Miles Davis, on ne parle rarement que de leur musique. Leurs vies, leurs personnalités "interfèrent" dans le rapport qu'on a avec eux... et ça, c'est élevé à la puissance 10 dans le rock, genre où l'identification joue encore plus, puisqu'il s'adresse à la base à la jeunesse qui se construit bien souvent par phénomènes d'identifications à leurs idoles (et le terme est pertinent), et dont le rapport à la musique est grandement conditionné par "l'image" de ces artistes, ce qu'ils incarnent...
Dans le rock, l'attitude et l'image sont fondamentaux... imaginez qu'Elvis ait la même voix... avec le physique de Galabru (ou qu'il ait eu jeune le physique qu'il avait à la fin, ce qui revient un peu au même)... la "face" du rock aurait été changé ! Cette musique n'aurait jamais eu le même impact... Imaginez que les Stooges aient fait la même musique... mais dans des costumes gris, avec un Iggy Pop qui chante droit comme un I, sans s'agiter partout sur scène... le groupe n'aurait jamais eu l'aura qu'il a eu dans le monde du rock... Imaginez Bowie avec la même voix, les mêmes compos... mais le physique de Jean Lefebvre...
imaginez Hendrix blanc, en costume-cravate, qui ne joue pas avec les dents, qui ne mettent pas le feu à sa guitare, et joue la même musique mais tranquillement assis sur un tabouret en concert... Imaginez que Jim Morrison ait été un type sobre, poli, qui ne baise pas les amplis sur scène, ne nargue pas les flics mais demande au public de "sincèrement les applaudir pour leur travail remarquable qui permet que le concert se déroule dans de bonnes conditions", qui ne chante pas "mother, I want to fuck you all night long", mais "mother, i want to thank you for always being there" etc...
Imaginez Kurt Cobain avec la tronche de Gérard Jugnot...
Jerry Garcia ?
9c2
Si Morrison est à peine 1/2 ou 1/4 de Dieu, Entwistle est 1/1024 de Dieu, en étant généreux.
Tu vas dans la rue, tu interroges 10000 personnes tous âges et toutes origines confondues, et on verra pour combien de personnes le nom de Jim Morrison évoque quelque chose.
Et après, on fait le même sondage avec Elvis et Jackson.
Je persiste et signe : c'est le camp de la "ménagère" qui l'emportera haut la main.
NOUS sommes des "privilégiés", la middle / upper-class (pour certains !) de la connaissance musicale ...
@++
Jugnot n'est pas un mythe, mais il est connu de plus de 50 % des Français.
Cobain est un mythe décati et bien (ou mal ?) fini, connu d'une petite frange de notre cher pays.
C'est qui le plus mythique des deux pour 90 % de la population.
Je sais, je grossis le trait.
Simplement, pour réaffirmer le fait que le côté "mythique" d'un rock ' n ' rolleux , jazzeux, ..., souleux est très fortement à relativiser.
Un artiste = un public = une tranche infime de la population, et ce, quelque soit son attitude.
A de très rares exceptions près, ceux qui, comme écrit dans un message précédent, passent des deux côtés de la barrière "musique" / "ménagère" pour des raisons X et Y.
Elvis est un mythe universel car il a touché la ménagère en son plus profond (désolé ...), Morrison est un "petit" mythe qui dépasse les limites d'un public bien défini mais qui n'a pas réussi à s'universaliser en dépit de son "image", son "attitude", ...
Mais bref, je m'arrête là, parce que ça tourne en rond tout ça.
Et de toutes façons, tant qu'il y a de la musique, le reste, moi, honêtement, j'm'en fous un peu royalement !
@++
Le rock sibérien et inuit, ça bourre ! ;-)
THIERRY : Là, je suis un peu débordé, donc le coup d'interroger 1000 personnes sur Morrison, je vais remettre à pus tard :-)
Mais bon, je continue à ne pas avoir la même impression que toi... les "privilégiés" de la connaissance musicale rock'n'roll connaissent les noms de Thom Yorke, Jack White, Syd Barrett, Robert Smith, Iggy Pop, Pete Townshend, Neil Young, Johnny Rotten, PJ Harvey, Brian Jones... des noms qu'on connait tellement bien lorsqu'on s'intéresse au rock que certains ont parfois l'impression qu'ils sont connus de tous, ce qui est bien sûr faux.
Enfin bon, comme tu dis, on tourne un peu en rond, car ce sont nos perceptions, et faudrait vraiment faire une étude, le sondage dont tu parlais, pour trancher.
Par contre, pas vraiment d'accord sur 2 autres choses...
1. Elvis n'a pas "touché la ménagère au plus profond"... les filles américaines des 50's, oui... mais pas vraiment leurs mères, faut pas oublier que le rock 50's n'a pas été plébiscité par toute la population américaine. Pour beaucoup, c'était juste un truc d'adolescents, un truc un peu crétin, auquel il n'y avait pas à porter une grande attention... et je suis certain que les "ménagères" actuelles, qui n'ont pas été ado dans les 50's, ne sont pas fascinées par Elvis, pas plus que par Morrison...
2. Gérard Jugnot... n'est connu qu'en France, contrairement à Morrison, et n'est en rien un "mythe". C'est un personnage "populaire", ce qui n'est pas du tout la même chose. Pour accéder à ce statut de "mythe", faut avoir incarné quelque chose de marquant, de fort, avoir un grand potentiel de fascination. Jugnot (petite parenthèse : j'adore les digressions... on part d'un article sur Morrison, pour en venir à Gérard Jugnot... :-), tout ce qu'il incarne pour le grand public, c'est un type qui a l'air sympa et marrant... pas de quoi en faire un "mythe". Morrison, lui, incarne la figure tout de même forte de l'artiste rebelle, torturé, provocateur, romantique et auto-destructeur... ce qui n'est pas rien...
PS : Le rock péruvien ou d'Arabie Saoudite, c'est pa mal non plus :-)
Grace à ton article GT, j'aime également et maintenant le personnage de morrisson :-)
(oh non et puis... Madonna et Jackson dans un paragraphe où tu parles d'icône rock ? Tu veux nous fâcher ou quoi ???)
En revanche, pour revenir à la réponse de G.T. sur Lennon (il y a une journée, soit donc 30 messages :-))... disons que le compositeur de bluettes était tout aussi incontrôlable que Morrison, sauf qu'il était dix fois plus connu et dix fois plus structuré... je soupçonne donc qu'il ait fait inifiniment plus peur aux bourgeois et aux conservateurs que Morrison, qui était plus underground. Et d'une. Et de deux... Lennon a été assassiné, et c'est trop la classe. Il est pas mort comme une merde après avoir doublé de volume ;-)
Thom --> "tout le monde sait qui est Morrison dans ce pays, ou disons 80 % le situent, quand même".
J'ai hurlé de rire en lisant cette phrase. J'espère que c'est une boutade. Sois un peu sérieux, ou je te décerne la palme de la meilleure blague, inconsciente ou pas ...
Dans ma propre famille, au moins 80 % ne le situent même pas vaguement. Et dans ma rue, très populaire, dans un quartier très populaire d'une ville ouvrière de la métropole lilloise, le % "négatif" doit être encore plus important ...
Nous ne devons décidément pas fréquenter les mêmes cercles. Comme je le disais, il y a différentes castes au niveau de la "culture musicale" ... et je demeure persuadé de par mes expériences professionnelle et personnelle que Morrison n'est un mythe que pour une petite partie de la population de notre monde, ou alors je vis dans un monde parallèle au vôtre ! :-)
Mais Jim Morrison, quand même... n'exagérons rien ; j'ignore s'il est l'incarnation parfaite du rock, mais il est de loin le rocker le plus connu du grand public, à égalité avec Elvis, Lennon et Dylan... et sans doute plus connu que les deux autres "J".
--> idem, il faut relativiser. c'était peut-être vrai à une certaine époque. Aujourd'hui, Elvis écrase (sans jeu de mots) toute la concurrence. Tout le monde "a accès" à Elvis, des tas de personnes passeront à travers Morrison ...
Madonna et Jackson dans un paragraphe où tu parles d'icône rock ? Tu veux nous fâcher ou quoi ???
--> simplement deux exemples de "mythes universels" (ce que Morrison n'est pas, loin de là) que je ne cautionne pas
Thierry, tu pousses quand même, crois-tu vraiment que cette tombe, là, la plus visitée du pays, n'est visitée que par des étrangers et que personne en France ne sait qui est ce mec, là, ce Jim Bidule dont tout le monde veut voir la pierre tombale...?
--> Je confirme, nous ne vivons pas dans le même monde ;-
)
Et quitte à me répéter une dernière fois avant de me retirer de ce vain débat, je n'ai jamais dit que personne en France ne connaissait Morrison, mais que cette notoriété "buzzée" dans les media musicaux étaient loin de refléter la réalité de M. & Mme Toulemondedetoushorizonsconfondus qui, en %, sont, je pense, tout de même un peu majoritaires par chez nous, du moins par chez moi.
Je me retire sur la pointe des pieds ... jusqu'à, peut-être, la prochaine provocation !
Je suis un peu remonté là, quand même !!